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La Souveraineté dans ma pratique avec la Morrigan

Cet article est publié dans sa forme brute et sera édité dans sa forme par la suite.

Bonjours à toustes. Cela fait plusieurs mois maintenant que cet article est en attente. Je le repousse sans cesse car la notion de souveraineté celtique est très complexe. Mais à l’heure où ce terme se retrouve vendu à toutes les sauces sans vraiment recevoir de réelles définitions, je souhaitais partager avec vous mon regard de praticienne polythéiste celtique et plus particulièrement de personne pratiquant avec la Morrigan. Je vais d’abord présenter l’état de mes recherches et une tentative de définition du mot puis ce que ce mot m’évoque très concrètement dans ma pratique.

La souveraineté celtique :

D’après Le Roux et Guyonvarc’h, il n’existe pas de terme dans les anciennes langues celtiques pour désigner le mot de Souveraineté. Il y a l’hypothèse d’un interdit d’ailleurs ou geisa qui est un tabou dans la littérature irlandaise. Ainsi, dans les langues, beaucoup de concepts se croisent, gravitent autour de la question de la souveraineté sans réellement la définir avec précision. Je trouve ce point particulièrement intéressant car il correspond beaucoup à ce que je vois émerger sur les réseaux sociaux : ce terme est employé partout mais défini nulle part.

D’un point de vue politique, la souveraineté est difficile à appréhender pour nous car ce concept ne correspond en rien aux différents modèles qui pourrait nous servir de référence : C’est une vision particulièrement originale et très différente de la Monarchie parlementaire britannique, de la monarchie absolue ou même du Reich. Il convient d’être méfiant de ne pas associer la souveraineté dans un contexte celtique à ces autres modèles politiques. 

Selon Françoise Le Roux et Christian J Guyonvarch dans La Souveraineté guerrière de l’Irlande, la souveraineté celtique est «en tout premier, le mariage du roi, qui exerce, qui saisit la Souveraineté, et de la Reine, qui la symbolise, qui la confère ». Nous sommes donc face à une relation de collaboration qui s’exerce. La souveraineté ne peut donc selon moi pas être assimilée à du développement personnel du soi vers soi. Il s’agirait d’un soi vers l’autre ou d’un autre vers soi. Je perçois donc la souveraineté comme relation.

La souveraineté est aussi très liée à la notion de guerre ou de bataille car elle est une notion politique. La souveraineté du roi, la souveraineté d’un territoire, d’un peuple qui doivent être mis en relation avec une altérité, un autre. Dans les sociétés celtiques préchrétiennes, notamment en Irlande dans le fonctionnement tribal, la souveraineté d’une terre est avant tout une pratique de défense face au razzia de vaches. Comprendre la souveraineté celtique c’est comprendre d’abord l’équilibre druide/roi et la notion de mariage roi/reine. Le roi, par mariage, reçoit et exerce la souveraineté relative à la guerre. Cependant, il ne fait pas la guerre lui-même. Il est dépositaire de la souveraineté guerrière mais ne peut pas l’exercer. Au niveau de la souveraineté sacerdotale (spirituelle), le roi est à l’image des héros présent dans les mythes, le roi ne l’exerce pas et n’est pas un souverain sacerdotal. C’est le druide, qui par délégation de la part des dieux souverains est le réceptacle de la souveraineté sacerdotale et guerrière. En tant qu’exécutant des dieux souverains, il possède et exerce la souveraineté sacerdotale mais n’exerce pas la souveraineté guerrière qu’il laisse au roi, bien qu’il ait le devoir de conseil vis-à-vis de ce dernier dans le domaine guerrier.Le roi est une sorte d’intermédiaire entre le druide (qui possède le droit, le dit et le proclame) et les guerriers (qui font la guerre). Il obtient sa souveraineté en la prenant par un mariage avec une reine.

Ainsi, si nous devions résumer le concept de souveraineté celtique, nous pourrions déjà comprendre qu’elle est une relation entre plusieurs acteurs : le druide qui reçoit les deux types de souveraineté de la part du divin (guerrière et sacerdotale), le roi qui reçoit la souveraineté guerrière sans pouvoir l’exercer de la part du druide grâce à un mariage souverain avec une reine. Le roi est ensuite conseillé dans ses choix guerriers par le druide mais ne peut exercer en acte cette souveraineté d’où l’importance des guerriers qui sont les bras armés de la souveraineté.

schéma personnel récapitulatif des acteurs de la souveraineté

La Souveraineté est pourtant indivisible en tant que telle mais est porteuse d’une triplicité : sacrée, guerrière et productrice selon Guyonvarc’h et Leroux. Il existe différents acteurs qui peuvent être amenés à incarner ou à être dépositaire des différents aspects ou visage de la souveraineté mais pour autant l’essence même de la souveraineté est une unicité.  On touche du doigt peut être l’un des aspects si complexe de la Morrigan qui est à la fois unité et la multiplicit. Unicité car elle est souveraine et donc possède tous ces aspects (sacrée, guerrière et productrice). Multiple car ses visages ou ses sœurs seraient des visages reliés à ces différentes émanations de la souveraineté.  

Dans la préface de Pierre-Yves Lambert à la première branche du Mabinogion, on présente plus en détail le fonctionnement du mariage souverain par le biais de l’histoire de Rhiannon, femme de l’Autre Monde gallois et probablement déesse (aucune certitude à ce sujet) avec Pwyll. En effet, en se mariant à Rhiannon dont l’étymologie est proche de celle de la Morrigan (Rhiann, Rigan= La Reine) qui est une femme de l’Autre Monde, voire une déesse, il permet d’accéder à la souveraineté sur la terre et sur un peuple. Le roi est l’ami du dieu-roi (le roi de l’Anwynn dans la première branche) et par un contrat divin (mariage), il peut régner, en parfaite harmonie avec la classe sacerdotale.

La reine est celle qui est dépositaire de la souveraineté indivisée de l’Autre Monde. Elle est celle qui permet la juste distribution des différentes émanations et elle marque le lien du roi au royaume des dieux. Lorsque l’on parle de la Souveraineté « féminine » en lien avec les déesses celtiques (et irlandaises plus précisément), nous faisons donc au final une tautologie puisque les déesses sont «toutes » souveraines, de base. La souveraineté est un attribut du divin.

Pour autant, certaines divinités ont la souveraineté comme attribution principale et donc il reste à comprendre pourquoi certaines déesses sont spécifiquement rattachées à la souveraineté. Dans le cadre de l’étude de la Morrigan et de la souveraineté guerrière, il convient de regarder ses interventions dans le Lore :

  • Elle ne combat pas elle-même (sauf peut-être la magie « élémentale » dans Moytura Conga)
  • Elle décrète et donne la victoire à certains souverains par le biais de la magie poétique : Dagda, les Tuatha de Danann…
  • Elle décrète qui ne doit pas être victorieux grâce à la satire et à la malédiction (souvent ceux qui sont incapables d’endosser la souveraineté comme le héros Cuchulain. On peut ainsi lier le travail de la souveraineté guerrière avec la capacité du héros à se saisir de la souveraineté (écoute, discernement des signes de l’Autre Monde etc)

Ainsi, en plus d’être une divinité et donc souveraine de facto, elle agit sur le monde des hommes et des dieux pour conférer la souveraineté guerrière aux héros, aux dieux voire même à l’ensemble d’une tribu. Son rôle dans les différentes Razzia de vaches dans lesquelles elle intervient nous montre qu’elle est une entité disposant du pouvoir de faire et de défaire la souveraineté d’un roi, d’un héros en rapport avec l’aptitude guerrière à défendre un troupeau. Dans l’Irlande préchrétienne, posséder un troupeau c’est posséder une terre. Nous pouvons donc résumer le lien qui existe en la Morrigan et la souveraineté de la façon suivante : elle est en elle-même souveraine car elle est une déesse mais elle est aussi garante de la souveraineté guerrière et donc de l’aptitude à défendre une terre, un territoire et donc de l’habilité d’un souverain à régner sur cette dite-terre.  En découle des axes de travail spirituels autour de la notion de frontière, de défense, de lien à la terre, de justesse et de droiture et de stratégie.

Ma vision du travail souverain avec la Morrigan :

Je commencerai par dire qu’il existe à mon sens deux axes principaux dans le travail de souveraineté morrigannien. Un axe intérieur et un axe extérieur, bien que les deux se confondent parfois.

Défense et souveraineté de mes terres intérieures

Le premier axe de travail qui est apparu sur mon parcours c’est celui de travail autour des notions de limites personnelles, de défense de ces limites et de respect de mes terres intérieures. Par terres intérieures, j’entends par le biais d’une image ma sphère personnelle : mon temps, mes émotions, ma capacité d’écoute, mon aptitude à rendre service et à me rendre disponible pour l’autre. C’est souvent l’unique axe de travail présenté dans les différents contenus de féminin sacré que l’on peut trouver en ligne : retrouver son pouvoir personnel, retrouver sa couronne sur sa propre vie, etc.

Mais je crois qu’en réalité ce travail n’est pas aussi « déclamatoire ». La souveraineté intérieure est une défense constante, une vigilance, une protection et une évaluation permanente de ses limites et de ses ressources. Elle est un point de fuite lointain que l’on cherche à atteindre mais qui nous bouscule souvent, nous fait reconsidérer nos agissements et l’état de nos défenses et l’état de nos ressources en permanence. J’aimerais préciser ici qu’il ne s’agit pas de se couper de l’extérieur. Il s’agit d’être dans un équilibre juste entre ce qui est donné et ce qui est disponible. La souveraineté a été un concept très pollué politiquement parlant et va souvent de paire avec l’idée d’invasion. Pour ma part je rejette l’idée selon laquelle l’autre devrait être vu comme un envahisseur potentiel. Selon moi, l’autre est un être avec lequel relationner de la façon la plus juste et la plus droite pour tous. Il n’est pas question ici d’égoïsme ni même de rétention de ressources. Il n’est question que de bonne gestion pour tous pour régner sur son propre royaume de façon prospère.

Cela est particulièrement difficile aujourd’hui à l’heure où la stimulation de l’autre est constante, où les messages sont instantanés et les réponses devraient l’être tout autant. Le travail de souveraineté morrigannien est selon moi un juste équilibre entre la verbalisation de ses besoins et l’écoute active de l’autre.

La souveraineté sur nos territoires intérieurs touche tous les pans de notre vie : professionnel, amical, relationnel. Le travail souverain est la mise en lumière de nos défenses mais également la mise en lumière de la porte qui est un accès vers notre territoire, ouvert à l’autre. Ai-je vraiment envie de répondre à ce mail qui n’est pas si urgent mais qui se présente comme tel à 22h ? Dois-je vraiment passer 2h au téléphone avec cette personne qui aurait besoin de mon écoute si je ne suis pas en mesure de le faire ? Quel est l’équilibre que je peux trouver et chercher à atteindre entre ma relation à l’autre et le respect sain de mes besoins ? Il est bien ici question de relation profonde entre un soi et une altérité, que celle-ci soit une personne ou bien une structure.

Défense et souveraineté des territoires extérieurs

              Ce travail est beaucoup moins orienté sur du travail de l’ombre, je crois. Il s’étend probablement bien plus au domaine extérieur qu’intérieur bien que, comme j’ai pu le préciser précédemment, l’un ne va pas sans l’autre. Je crois d’ailleurs que le mouvement naturel du travail de souveraineté tend à nous faire travailler sur notre alignement et sur notre bonne gestion de nos propres ressources avant de prétendre pouvoir axer son travail sur l’extérieur. Nous l’avons vu, la Morrigan est cette déesse qui est en mesure de distribuer et de reprendre la souveraineté guerrière au héros et au souverain. Dans un travail morrigannien, je crois qu’il n’est pas rare de se voir doter de la souveraineté guerrière par la Grande Reine pour travailler sur d’autres territoires que le siens.

Le travail de souveraineté des terres

Dans ma pratique, j’ai été amenée à travailler pour l’Autre Monde et notamment pour la souveraineté de certains territoires malmenés par des défenses affaiblies par l’homme. Dans une démarche polythéiste et animiste, la question d’une bonne entente et même d’un éco système harmonieux entre les hommes et le monde des esprits dans un territoire donné se pose. Le détenteur de la souveraineté guerrière est celui qui aide à reprendre ce qui a été pris de façon injustifiée que ça soit par les esprits ou par les hommes. Le travail d’alignement est alors d’une grande importance car le praticien doit savoir repérer et œuvrer pour la souveraineté d’un territoire. Un territoire où tous sont souverain est un territoire en bonne santé et un territoire où il fera bon vivre pour tous : c’est le principe même d’un royaume prospère où vivent en harmonie plusieurs tuath.

Le travail de souveraineté des peuples

Le travail de souveraineté avec la Morrigan nous amène irrémédiablement en Irlande qui est un pays ayant subi la colonisation pendant des siècles. Je crois que c’est le travail morrigannien qui m’a amenée à déconstruire la vision selon laquelle tout m’était dû. Spirituellement parlant, nous avons l’impression que les cultures sont devenues de vastes marchés dans lesquels puiser et prendre sans rendre. La souveraineté c’est la relation juste (« right relationship » en anglais, qui est la valeur principale de Lora O’Brien qui m’a énormément transmis au travers de la Irish Pagan School) entre les acteurs de cette souveraineté et un peuple. Comment aujourd’hui peut-on se dire souverain.e si nous ne déconstruisons pas nos mentalités colonialistes et privilégiées ? Il ne s’agit pas de faire du gate keeping comme peuvent le reprocher les partisans de l’universalisme. Il s’agit d’inviter chacun à approcher les peuples et les cultures qui nous inspirent et qui nous nourrissent avec le plus grand respect de leur frontière. Si nous ne voulons pas que des personnes outrepassent nos frontières individuelles, nous devons comprendre que le travail de souveraineté est aussi un travail de respect des défenses de l’Autre. Le travail de souveraineté tel qu’il est décrit aujourd’hui par le développement personnel, le new age et le féminin sacré est surtout dépeint comme un axe de défense de ses propres limites et de reconquête de son pouvoir personnel. Pourtant je crois qu’il est important aussi et surtout d’analyser toutes les situations où nous outrepassons les limites des autres. Le souverain, dans l’Irlande préchrétienne est celui qui peut circuler librement entre les tribus peut être parce que justement, être détenteur de la souveraineté c’est être en mesure de reconnaitre et de considérer la porte et la forteresse de l’Autre et d’emprunter avec respect la porte plutôt que de chercher à tout pris à passer au-dessus du mur. La souveraineté est une relation, un équilibre juste qui respecte le soi et l’Autre.

Le travail de souveraineté et la justice sociale

Axe souverain individuel, axe souverain de la terre, axe souverain des peuples. Ces trois éléments en eux seuls m’ont amenée à reconsidérer ma posture militante. Il n’est pas rare de voir des praticien.nes morrigannien.nes particulièrement investi.es dans les questions de justice sociale à des niveaux plus ou moins engagés. La souveraineté morrigannienne est une souveraineté que je crois profondément dans la reconnaissance de tous.tes plutôt que dans l’exclusion. Reconnaissance de la souveraineté du monde des esprits, de la souveraineté des territoires, autant d’éléments qui nous invitent à un regard décentralisé et qui nous font prendre de la hauteur pour contempler tous les chantiers de justice sociale en cours dans lesquels insuffler l’énergie guerrière est un besoin. Je crois que finalement le travail de souveraineté n’est pas uniquement un travail de reconquête du soi. Elle est un travail de reconquête de la place des différents « soi » dans la société. Elle est là pour insuffler les énergies de bataille pour conquérir des droits qui restent à obtenir ou bien qu’il faut encore défendre. Le symbole de la lance est particulièrement parlant : la lance défend, la lance attaque, la lance symbolise également l’appartenance. Un symbole qui me semble très parlant dans le cadre des travaux militants.

Au final, la souveraineté est un concept antique qui a encore beaucoup à nous apprendre et est une énergie très puissante qui nous invite à travailler sur des axes multiples. Si le développement personnel souhaiterait vider la souveraineté de ses implications politiques, je pense qu’un travail morrigannien sur la base de la souveraineté celtique nous invite à considérer les relations entre les différents acteurs de la souveraineté, les peuples et les territoires. La Grande Reine étant une divinité, elle est souveraine de base mais elle est également celle qui distribue la souveraineté guerrière pour orienter les souverains et les héros dans leur bataille. Les batailles sont encore nombreuses aujourd’hui : des batailles personnelles qui font de l’intime et du travail de l’ombre des axes de reconquête mais également des batailles plus larges et plus communautaires où le soi et l’autre relationnent dans un regard décentralisé qui tend le plus possible vers la souveraineté juste pour toustes. Je pense donc que le travail souverain accompagné de la Morrigan est un axe essentiel dans le polythéisme celtique aujourd’hui car il ne se contente pas de rester dans des pratiques antiques. Il est encore porteur de leçons et d’énergies qui ont le pouvoir de mettre toute une société en mouvement vers une souveraineté qui reste toujours à atteindre et à défendre face aux invasions politiques et idéologiques néfastes pour le vivre ensemble.

Bibliographie :

Angelique-Gulermovich Epstein, War Goddess: The Morrígan and Her Germano-Celtic Counterparts.

Préface de Pierre-Yves Lambert à la première branche du Mabinogion, édition NRF

Françoise Le Roux et Christian J Guyonvarc’h, La civilisation celtique.

Françoise Le Roux et Christian J Guyonvarc’h, La Souveraineté guerrière de l’Irlande.

Sitographie :

The Irish Pagan School

The Morrigan par Yaxemoon

Artiste – Yaxemoon
Titre – The Morrigan – Celtic Goddess
Commentaire – My interpretation of The Morrigan, Celtic Goddess of war and phantom queen
Media – Watercolors and black ink

Au cœur du Ciel

Le Ciel est l’un des trois royaumes dans la tradition celtique. Dans la culture irlandaise, il porte le nom de Nem (se prononce [Nev]).

Qu’est-ce que les trois royaumes ?

Il s’agit de la base cosmologique de la plupart des peuples celtes . On retrouve donc le royaume de la Terre, le royaume de la Mer et le royaume du Ciel. Selon Lora O’Brien, au croisement de ces trois royaumes se trouve le feu qui serait la magie. La pratique reconstructionniste irlandaise se base sur le Tain:

“Sualtaim cries: “Is it the sky that breaks or the sea that ebbs or the earth that quakes or is this the distress of my son fighting against odds on the Foray of Cuailnge?[1]

Dans cette citation du Tain, les trois royaumes sont cités.

Dans la culture gauloise, on retrouve la fameuse phrase qui est en réalité une citation de Strabo qui indique que ce peuple avait peur que le Ciel leur tombe sur la tête[2].

Certains dieux sont associés au monde Chtonien, d’autres sont associés plutôt au monde marin, d’autres encore sont associés au monde Céleste. Dans la culture Gauloise, Cernunnos est parfois présenté comme un dieu appartenant au monde tellurique (autel de Reims, la présence du rat au dessus du relief est parfois interprétée par les historiens comme une preuve que la scène de l’autel se trouve sous terre). Nemetona, quant à elle semble posséder de par l’étymologie de son nom, un lien avec Nem, le Ciel.

Il existe également une porosité entre les royaumes. En effet, on retrouve dans certains récits l’idée selon laquelle les royaumes se « touchent » ou existent en même temps, parallèlement. Cela est visible dans la Navigation de Bran. Le héro, sur la mer rencontre tout à coup le dieu Manannan Mac Lir qui lui livre une description de la mer comme d’une plaine faite de terre. Il décrit alors la mer que voit Bran comme Emhain, la plaine de l’Autre Monde. Dans la première bataille de Moytura, la Morrigan après la victoire s’exprime ainsi dans la traduction de Dottin : «  Paix au ciel- ciel à terre, monde sous ciel, force à chacun » (p 59). Dans cette prophétie (« Sith co Nem »), les royaumes de la terre et du ciel se mélangent.

Eryn Rowan Laurie dans son livre Ogam weaving word Wisdom parle de « courants » permettant de relier les différents royaumes que l’on peut emprunter. A titre personnel, j’ai également pu constater lors de mes travaux l’existence de deux courants énergétiques, l’un ascendant l’autre descendant, permettant de traverser les royaumes. Pour plus de clarté, je les ai nommés courant clair et courant sombre.  

Et Le Ciel dans tout ça ?

Le Ciel est donc un royaume. Il semblerait que le ciel ait été un lieu où auraient habité les Dieux irlandais avant de se retrancher dans les collines (Morgan Daimler, Manannan Mac Lir, Pagan Portal). Certains païens émettent l’hypothèse que le Ciel chez les Gaulois serait l’endroit où vit Taranis et d’autres dieux célestes.

Chez les Gaulois, le Ciel pourrait être décomposé en deux parties selon             Segomâros Widugeni qui utilise le Dictionnaire de la Langue Gauloise de Xavier Delmarre.

« Albios: Le Ciel, maison des divinités célestes, des corps célestes en lien avec l’idée de lumière, de pureté, de vérité. Source du pouvoir du principe de Samos, l’été.

Nemos: serait un autre nom pour designer le ciel bien que ce mot soit peut être plutôt utilisé pour désigner le ciel physique. »[3]

Il est difficile de décrire les attributs du royaume du Ciel mais il semble relié au divin et au mysticisme.

Le Ciel et la Météo

Dans son livre consacré à Manannan Mac Lir, Morgan Daimler explique que le dieu est capable de prévoir le temps qu’il fera et donc de le maitriser. Pour elle, la maitrise de la météo est la maitrise de « la forme du ciel ». Autrement dit, maitriser la météo c’est quelque part maitriser la forme que prendra le Ciel. Il n’est pas rare de voir dans le Lore les dieux prendre le contrôle de la Météo.

Dans la première bataille de Moytura, on trouve cette description: « C’est alors que Badb, Macha et Morrigan allèrent jusqu’au [ to the Knoll of the Taking of the Hostages, and to the Hill of Summoning of Hosts at Tara] et envoyèrent des averses magiques de sorcellerie, des nuages compacts de brume et une furieuse pluie de feu faisant pleuvoir des cieux du sang sur les têtes des guerriers[4]. »

Le feu, la pluie et les nuages montrent un lien probable entre maitrise magique des éléments et le ciel.

D’autres divinités comme la Cailleach ont pour attribution explicite le pouvoir de contrôler la météo.

Les Augures : Mary Jones

Le Ciel est l’endroit où se trouvent les oiseaux qui sont souvent présentés comme les messagers des dieux (par exemple, les corbeaux et les corneilles sont considérés comme les messages de Badb).

Les oiseaux sont également très liés aux augures c’est-à-dire à des méthodes de divination traditionnelle faisant intervenir les oiseaux. Sur le site de Mary Jones, on retrouve un texte présentant l’interprétation des augures des corneilles.

Le Ciel et la liminalité

La liminalité est au cœur de la tradition magique et spirituelle irlandaise. On pourrait la définir comme tout moment ou espace « entre deux ». On considère que tout endroit ou moment liminal est propice à la magie. Par exemple, c’est pour cette raison que Samhain et Bealtaine sont considérés comme des moments particulièrement puissants car ils sont les moments de bascule entre l’Eté et l’Hiver (Sam et Gam). Ils sont donc des moments magiques où la divination est rendue plus simple car la liminalité y est forte. Parfois, on double voire triple les liminalités pour davantage d’efficacité: Pratiquer la magie lors du crépuscule de Samhain dans une caverne, c’est s’assurer une grande efficacité divinatoire car Samhain est le moment de bascule entre l’été et l’hiver, le crépuscule est le moment de bascule entre le jour et la nuit et la caverne est ni plus ni moins que du Ciel dans de la terre.

Le Ciel comme porteur de l’Aube et du Crépuscule peut donc être porteur de liminalité et donc faciliter la pratique magique et divinatoire.

Participation des membres :

  • Le Royaume du Ciel entretiendrait un lien avec l’Ulster et particulièrement Macha. L’Ulster représenterait le Royaume du Ciel et Connacht le Royaume de la Terre.
  • Dans les Navigations (Imramma), les âmes se transformeraient en oiseaux=> on peut faire le lien avec la pratique guerrière de l’excarnation qui permet aux oiseaux charognards d’emmener avec eux les âmes guerrières sur les champs de bataille.

Pour aller plus loin :


[1] http://www.tairis.co.uk/cosmology/sources-for-the-three-realms/

[2] http://polytheist.com/segomaros/2015/03/04/samos-giamos-bitouesc/?fbclid=IwAR2gZWWLBVgh2BG1ojH569W8qm4TdZpdlhiujhTPJmTJXnqrlYXE71BpMBg#sdfootnote4sym

[3] Traduction personnelle d’un court paragraphe de cet article : http://polytheist.com/segomaros/2015/03/04/samos-giamos-bitouesc/?fbclid=IwAR2gZWWLBVgh2BG1ojH569W8qm4TdZpdlhiujhTPJmTJXnqrlYXE71BpMBg#sdfootnote4sym

[4] Traduction personnelle à partir de la trad anglaise dispo sur Mary Jones : https://www.maryjones.us/ctexts/1maghtured.html