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Au cœur du Ciel

Le Ciel est l’un des trois royaumes dans la tradition celtique. Dans la culture irlandaise, il porte le nom de Nem (se prononce [Nev]).

Qu’est-ce que les trois royaumes ?

Il s’agit de la base cosmologique de la plupart des peuples celtes . On retrouve donc le royaume de la Terre, le royaume de la Mer et le royaume du Ciel. Selon Lora O’Brien, au croisement de ces trois royaumes se trouve le feu qui serait la magie. La pratique reconstructionniste irlandaise se base sur le Tain:

“Sualtaim cries: “Is it the sky that breaks or the sea that ebbs or the earth that quakes or is this the distress of my son fighting against odds on the Foray of Cuailnge?[1]

Dans cette citation du Tain, les trois royaumes sont cités.

Dans la culture gauloise, on retrouve la fameuse phrase qui est en réalité une citation de Strabo qui indique que ce peuple avait peur que le Ciel leur tombe sur la tête[2].

Certains dieux sont associés au monde Chtonien, d’autres sont associés plutôt au monde marin, d’autres encore sont associés au monde Céleste. Dans la culture Gauloise, Cernunnos est parfois présenté comme un dieu appartenant au monde tellurique (autel de Reims, la présence du rat au dessus du relief est parfois interprétée par les historiens comme une preuve que la scène de l’autel se trouve sous terre). Nemetona, quant à elle semble posséder de par l’étymologie de son nom, un lien avec Nem, le Ciel.

Il existe également une porosité entre les royaumes. En effet, on retrouve dans certains récits l’idée selon laquelle les royaumes se « touchent » ou existent en même temps, parallèlement. Cela est visible dans la Navigation de Bran. Le héro, sur la mer rencontre tout à coup le dieu Manannan Mac Lir qui lui livre une description de la mer comme d’une plaine faite de terre. Il décrit alors la mer que voit Bran comme Emhain, la plaine de l’Autre Monde. Dans la première bataille de Moytura, la Morrigan après la victoire s’exprime ainsi dans la traduction de Dottin : «  Paix au ciel- ciel à terre, monde sous ciel, force à chacun » (p 59). Dans cette prophétie (« Sith co Nem »), les royaumes de la terre et du ciel se mélangent.

Eryn Rowan Laurie dans son livre Ogam weaving word Wisdom parle de « courants » permettant de relier les différents royaumes que l’on peut emprunter. A titre personnel, j’ai également pu constater lors de mes travaux l’existence de deux courants énergétiques, l’un ascendant l’autre descendant, permettant de traverser les royaumes. Pour plus de clarté, je les ai nommés courant clair et courant sombre.  

Et Le Ciel dans tout ça ?

Le Ciel est donc un royaume. Il semblerait que le ciel ait été un lieu où auraient habité les Dieux irlandais avant de se retrancher dans les collines (Morgan Daimler, Manannan Mac Lir, Pagan Portal). Certains païens émettent l’hypothèse que le Ciel chez les Gaulois serait l’endroit où vit Taranis et d’autres dieux célestes.

Chez les Gaulois, le Ciel pourrait être décomposé en deux parties selon             Segomâros Widugeni qui utilise le Dictionnaire de la Langue Gauloise de Xavier Delmarre.

« Albios: Le Ciel, maison des divinités célestes, des corps célestes en lien avec l’idée de lumière, de pureté, de vérité. Source du pouvoir du principe de Samos, l’été.

Nemos: serait un autre nom pour designer le ciel bien que ce mot soit peut être plutôt utilisé pour désigner le ciel physique. »[3]

Il est difficile de décrire les attributs du royaume du Ciel mais il semble relié au divin et au mysticisme.

Le Ciel et la Météo

Dans son livre consacré à Manannan Mac Lir, Morgan Daimler explique que le dieu est capable de prévoir le temps qu’il fera et donc de le maitriser. Pour elle, la maitrise de la météo est la maitrise de « la forme du ciel ». Autrement dit, maitriser la météo c’est quelque part maitriser la forme que prendra le Ciel. Il n’est pas rare de voir dans le Lore les dieux prendre le contrôle de la Météo.

Dans la première bataille de Moytura, on trouve cette description: « C’est alors que Badb, Macha et Morrigan allèrent jusqu’au [ to the Knoll of the Taking of the Hostages, and to the Hill of Summoning of Hosts at Tara] et envoyèrent des averses magiques de sorcellerie, des nuages compacts de brume et une furieuse pluie de feu faisant pleuvoir des cieux du sang sur les têtes des guerriers[4]. »

Le feu, la pluie et les nuages montrent un lien probable entre maitrise magique des éléments et le ciel.

D’autres divinités comme la Cailleach ont pour attribution explicite le pouvoir de contrôler la météo.

Les Augures : Mary Jones

Le Ciel est l’endroit où se trouvent les oiseaux qui sont souvent présentés comme les messagers des dieux (par exemple, les corbeaux et les corneilles sont considérés comme les messages de Badb).

Les oiseaux sont également très liés aux augures c’est-à-dire à des méthodes de divination traditionnelle faisant intervenir les oiseaux. Sur le site de Mary Jones, on retrouve un texte présentant l’interprétation des augures des corneilles.

Le Ciel et la liminalité

La liminalité est au cœur de la tradition magique et spirituelle irlandaise. On pourrait la définir comme tout moment ou espace « entre deux ». On considère que tout endroit ou moment liminal est propice à la magie. Par exemple, c’est pour cette raison que Samhain et Bealtaine sont considérés comme des moments particulièrement puissants car ils sont les moments de bascule entre l’Eté et l’Hiver (Sam et Gam). Ils sont donc des moments magiques où la divination est rendue plus simple car la liminalité y est forte. Parfois, on double voire triple les liminalités pour davantage d’efficacité: Pratiquer la magie lors du crépuscule de Samhain dans une caverne, c’est s’assurer une grande efficacité divinatoire car Samhain est le moment de bascule entre l’été et l’hiver, le crépuscule est le moment de bascule entre le jour et la nuit et la caverne est ni plus ni moins que du Ciel dans de la terre.

Le Ciel comme porteur de l’Aube et du Crépuscule peut donc être porteur de liminalité et donc faciliter la pratique magique et divinatoire.

Participation des membres :

  • Le Royaume du Ciel entretiendrait un lien avec l’Ulster et particulièrement Macha. L’Ulster représenterait le Royaume du Ciel et Connacht le Royaume de la Terre.
  • Dans les Navigations (Imramma), les âmes se transformeraient en oiseaux=> on peut faire le lien avec la pratique guerrière de l’excarnation qui permet aux oiseaux charognards d’emmener avec eux les âmes guerrières sur les champs de bataille.

Pour aller plus loin :


[1] http://www.tairis.co.uk/cosmology/sources-for-the-three-realms/

[2] http://polytheist.com/segomaros/2015/03/04/samos-giamos-bitouesc/?fbclid=IwAR2gZWWLBVgh2BG1ojH569W8qm4TdZpdlhiujhTPJmTJXnqrlYXE71BpMBg#sdfootnote4sym

[3] Traduction personnelle d’un court paragraphe de cet article : http://polytheist.com/segomaros/2015/03/04/samos-giamos-bitouesc/?fbclid=IwAR2gZWWLBVgh2BG1ojH569W8qm4TdZpdlhiujhTPJmTJXnqrlYXE71BpMBg#sdfootnote4sym

[4] Traduction personnelle à partir de la trad anglaise dispo sur Mary Jones : https://www.maryjones.us/ctexts/1maghtured.html

Extrait de journal – Son Omniprésence

[English version of the article available on the Instagram post quoted below]

Cet article est la version française d’un partage instagram . J’ai hésité à le partager ici ou sur mon site principal (sur le Seuil) qui accueille toutes les explorations avec les cartes et les Dieux, puis finalement, Morrigan s’est fait tellement insistante… me voici par ici. Je livre ce texte comme un extrait de cheminement. Un bilan de la période débordé par la présence de la Déesse.

Incroyable. Il y a certaines choses auxquelles on ne peut pas échapper quand on est spirit-worker. Pas que j’ai voulu Lui échapper particulièrement, mais quand j’ai pris un des prompts du challenge de Samhain de @memento_morrigan, je voulais méditer sur quelque chose de beaucoup plus large. La saison d’Automne est particulièrement coriace cette année pour moi. J’espère à chaque fois que cela ira mieux… mais faut croire que c’est le cycle. Je souhaitais m’offrir une petite pause dans mon emploi du temps chargé et matériellement entravé, pour faire un peu d’introspection. Où est-ce que j’en suis ? Comment je pourrais mieux organiser mes pratiques ? Je voulais rogner un peu d’espace pour faire de la place à quelque chose de différent : réfléchir sur le plan général, prendre quelques pas de recul plutôt que d’avoir le nez dans le guidon. Pour accompagner ce mouvement, j’avais choisi un jeu que j’utilise très peu et qui était resté depuis longtemps sur l’étagère. C’était une façon de multiplier les possibilités, de m’ouvrir à des énergies et à des surprises.

Évidemment Elle a débarqué. Son regard glacé et glaçant qui me transperce tourné vers moi. Le frôlement de ses plumes.

« Comment organiser mes pratiques ? » était le prompt du 4e jour du challenge des « Enfants de Samhain ». J’étais ouverte à tout. Recevoir un conseil, ou bien au contraire des reproches de la part des Esprits, n’importe quoi qui révèle un angle mort. Et aussi étonnant que cela puisse paraître je ne l’avais pas prévu. Cela a beau être logique qu’Elle ait débarqué en force, je m’attendais à autre chose. Mais non. Elle se tient là imparable en plein milieu du chemin. Elle prend toute la place. Il y a beaucoup de cartes dans un tarot évidemment (lol), il y avait du choix… mais non, les deux cartes que j’ai choisies, à deux endroits bien différents de mon arc de cartes étalé devant moi, sont deux cartes complètement hantées par Morrigan. Deux mois…. deux 8. Incroyable. Après le petit hoquet de surprise je ris jaune. L’énergie je la reconnais très bien… tranchante, et pleine de l’archétype de la guerrière. Après tout, cela fait longtemps que je n’ai plus de doute sur le fait que mon chemin de dévotion et de service en est imprégné.

La rudesse de la période se voit bien dans le 8 d’épées. Avec son monde de Nuit et d’Ombre, puis ses dangers qui rôdent. L’Aspect invisible de ma pratique toujours trop présent à mon goût. Du désincarné, des Ombres, des choses hors de vue et impalpables. Le 8 d’épées parle d’un chemin, ou d’une solution, qui demeure invisible voire caché. O combien de fois je suis frustrée d’avancer à l’aveuglette… les mains tendues dans le noir, à tester le sol sous mes pieds. J’ai beau obtenir des réponses avec les années, cette caractéristique fait partie intégrante de mon chemin de spirit-worker, et cela s’exprime aussi dans mon travail donc. Autant dans l’écriture, la création, que les services que je propose (et vais intensifier), leurs thématiques, leurs rythmes… ce qui n’est pas sans provoquer beaucoup d’angoisses étant donné le monde capitaliste dans lequel on vit, réglé comme du papier à musique (pour rester polie). C’est un chemin de foi, testée et renouvelée sans cesse : j’avance vers mes objectifs même quand je ne les vois pas, et que je sais que certains bords de la route sont des pièges réellement dangereux. Diligent practice and study are keys nous dit Barbara Moore (autrice du livre) : l’étude et la pratique assidues sont la clé. L’Esprit est ton arme.

Le 8 de bâtons lui se rapporte moins à un état introspectif et plus à une tension active vers un objectif. La nature ardente de la femme représentée me rappelle tellement Macha. Chevelure déchaînée dans le vent, sensation de mouvement, et pourtant totalement absorbée par son devoir. Dans l’attente du moment exact. Relâcher la tension. Tirer. On nous dit que les années d’entrainement derrière Elle peuvent constituer un socle pour asseoir sa confiance. Elle va réussir. Elle va atteindre sa cible. Le 8 de bâtons me parle de rythme. L’autrice décrit un moment qui est le résultat d’une accumulation et construction, mais dont la résolution se déroule en un instant. Cette flèche soudain relâchée ne peut pas ne pas me rappeler mon spirit-work. Mon chemin entier, ma pratique, sont construits selon une sorte de logique. Cela grandit depuis des années. J’avance les yeux bandés, et pourtant quand les éléments une fois réunis je suis capable de le reconnaître et d’agir immédiatement. Que cela soit par accident, à coups de circonstances extérieures, ou bien par des étapes soigneusement préparées, la même dynamique s’applique. Peut-être que cette carte apparaît pour me rappeler que même si je ne vois pas toujours le grand objectif, ou avec clarté, que j’avance dans le noir (le 8 d’épées), je suis quand même là à participer au grand schéma. Mes petites gestes, mes petites actions, mes petites prières…. toute pratique participe d’un grand ensemble et à la réalisation du but. Je peux m’atteler aux petites choses sur le bord du chemin tracé par les Esprits sans pour autant penser que ce sont « des riens ».

Jeu : Tarot of the Hidden Realm de Julia Jeffrey. (Traduit en français par « le Tarot du Royaume Caché »)

Dans les Brumes de l’automne

Voici le premier article de notre dossier thématique pour Samhain 2020 pour l’Antre. J’avais à cœur de vous présenter un dossier regroupant des articles à la fois pour alimenter vos réflexions et vos grimoires mais aussi pour vous donner des pistes de pratiques. Samhain est une fête absolument essentielle lorsque l’on honore la Morrigan. C’est pour cette raison que je souhaitais « marquer le coup » cette année car à Samhain, cela fera très précisément une année que j’aurai prêté mes vœux à la Grande Reine. C’est ma façon à moi de réitérer ces vœux auprès d’Elle.

La première partie de ce dossier thématique est une mise en contexte. Sans entrer trop dans les détails de Samhain dans la tradition vivante irlandaise, j’ai souhaité cependant réaffirmer ce que j’ai pu affirmer lors de l’écriture de l’article concernant la roue de l’année irlandaise : Samhain appartient au folklore irlandais et il est important de déconstruire les emprunts du néo paganisme lorsque l’on souhaite se placer dans une pratique polythéiste irlandaise. Sans prétendre à être exhaustif, j’espère que cet article vous sera utile.

La place de Samhain dans la tradition irlandaise

La roue de l’année ou du temps en Irlande n’existe pas ou tout du moins elle n’existe pas dans la forme néo païenne présentant les 8 « sabbats ».

Le mot sabbat appartient aux traditions sorcières et néo païennes et par conséquent ne sera pas adopté dans la suite de ce travail permettant de voyager dans les brumes de légende irlandaise. La roue irlandaise est en réalité deux roues. La première est la roue solaire. Elle correspond au mouvement du soleil et comporte 4 fêtes : les solstices et les équinoxes. Ces fêtes sont souvent des moments de liminalité très importants en Irlande. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre article à ce sujet.

Samhain est le début de Gam, l’hiver et la fin de Sam, l’été. Moment liminal fonctionnant en miroir avec Bealtaine, Samhain, prononcé Sow-wen, est un moment d’ombre et de nuit.

La date précise n’était pas tout à fait fixe. C’est pour cette raison que je fête personnellement Samhain de Lune Noire à Lune Noire dans la lignée de mes enseignements reçus par Lora O’Brien.

Cette fête est l’un des 8 « sabbats » de la roue néo-païenne qui a conservé le plus d’éléments originaux de la tradition dont il est tiré (irlandaise).

Traditionnellement, Samhain est le moment où la lumière se métamorphose en obscurité, où le travail aux champs se termine pour laisser place à un repli dans le foyer.  C’est donc le mouvement de la lumière vers l’obscurité, de l’extérieur vers l’intérieur qui se profile et c’est ce mouvement qui permet d’entrer dans ses ombres pour plus de compréhension de soi.

C’est dans cette liminalité sombre qu’est Samhain. C’est dans ce déchirement de la lumière estivale que l’on peut espérer apercevoir sa magie.

Dans les sociétés préchrétienne, le passage à la saison dite sombre, à l’hiver donc, était un moment particulièrement redouté car avec ce passage se trouvait des problématiques sociétales : comment réussir à nourrir toute la communauté sur les vivres amassés durant la période des moissons ? Comment parvenir à survivre aux maladies qui pouvaient frapper les plus fragiles durant ces longs mois où l’on dormait dans la même pièce que le bétail ?

Autant de questionnements que les anciens pouvaient se poser et redouter. Avec Samhain et ses longues nuits, vient l’hiver redouté.

Lors de ce moment puissant, magique et sombre porteur de danger, on se remémore ceux qui ont déjà succombé. Le retour dans les foyers permet de raconter les histoires et c’est tout naturellement que dans l’ombre à côté de l’âtre s’agitent les âmes des défunts familiaux à l’évocation de leur nom.

En Irlande, on pratique encore le dîner muet lors d’Halloween où les défunts des familles sont accueillis, portes et fenêtres grandes ouvertes, à venir à table. On laisse une assiette et une chaise pour que chaque esprit qui passe par là puisse venir à la table. Les restes du repas sont ensuite placés dehors et aucun vivant ne doit manger ces restes sous peine de demeurer errant et damné lors de sa mort pour avoir osé manquer de générosité de son vivant.

Le culte ancestral demeure la priorité lors de Samhain. Les ancêtres sont ceux de notre lignée familiale mais ils sont aussi les ancêtres spirituels qui nous ont fait l’honneur de nous adopter.

Ils peuvent aussi être des ancêtres militants ou artistiques.

De la Lune Noire débutant Samhain à la Lune Noire la terminant, mon autel dégage la lumière que le soleil n’arrive plus à produire au cœur de la nuit, pour elles et eux.

à suivre: Samhain et Morrigan.

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