Blanche Neige et le Chasseur

Ou « Snow White And The Hunstman« , 2012. Pour ceux qui n’ont pas vu le film, sachez que je vais décrire certaines choses, donc si vous n’aimez pas qu’on vous gâche votre plaisir, peut-être que vous feriez mieux de lire mon analyse du film après votre propre visionnage.

Voilà une belle surprise, toute en paradoxes comme toujours avec les Américains. Bien que simpliste, un film globalement magnifique, avec une vraie toile de fond quoi qu’on en dise. Avez-vous remarqué les contradictions du film ? Voici une claire réécriture du conte de Blanche Neige, qui souhaite donc s’éloigner pour aller vers quelque chose de nouveau… tout en revenant selon moi aux plus pures sources des mythes européens, même quand c’est indirect. Et au milieu de choix marqué, on trouve pourtant une référence affreuse au christianisme, j’ai failli m’étouffer sur mon siège. « Affreuse » non pas parce que le christianisme est vilain, ça serait bien mal me connaître, mais parce que dans un royaume ancien où fourmille les légendes et la magie, on ne devrait pas être sous un christianisme de ce type avec le « Notre Père » récité par Blanche Neige ! Faire d’elle un agent du christianisme est totalement absurde… et « affreux » car tout le film démontre le contraire, comme étant la représentante la plus pure des pouvoirs anciens.

Le film est complètement « Morriganien ». Ce que je trouve fascinant c’est qu’on y trouve les deux aspects… distingués. En tout cas, plusieurs versants du même aspect, mis en opposition.

Blanche Neige et la Reine sont en fait deux visages différents de Morrigan, entièrement liés et séparés dans deux personnages : le côté sombre et le côté lumineux. Très classique en soi, mais très bien rendu. La Reine incarne toutes nos peurs : la folie, la soif de sang, la vengeance, l’aveuglement, la colère, la victime … et dans un certain sens, elle incarne une superbe reine du pouvoir et de la mort. L’iconographie est somptueuse, régalez-vous les yeux ! Des robes noires, ou argents comme une armure, des robes en plumes de corbeau, des couronnes qui sont étrangement offensives, un trône gravés de squelettes sortant des entrailles de la terre… c’est truffé, truffé, truffé de symboles. De l’autre côté, Blanche Neige incarne, évidemment parfois de façon exaspérante, tous les aspects lumineux, trop souvent représentés comme « positifs » : la piété, la noblesse, la justice, la pureté (à préciser/étudier), le courage, la combativité…

Quand on regarde le tableau global, on se rend bien compte qu’on est face à deux reines guerrières, chacune différente. Le côté implaccable et violent de la première nous dérange, mais cela reste la guerre. Et le courage, la force, la combativité de Blanche Neige est issue de la même source : la guerre (en tant qu’aspect/archétype). Quel est le bon combat ? où est la justice ? C’est passionnant car à travers une fresque très simple, toutes les notions et articulations majeures sont là.

Car il ne s’agit pas que du sombre/clair ou de la guerre, mais aussi de la justice, de la terre, de la royauté. Tout est lié. La guerre, la décider, la faire, appartient à ceux qui ont le pouvoir : la noble, et plus la royauté (les reines). La question de savoir quand faire la guerre, pour quelles raisons, appelle l’idée de justice. Deux reines s’opposent, deux reines de sang royal. Toute la problématique du sang « fair » est fondamentale : au départ elles sont toutes les deux issues de la « bonne » et même classe, les nobles les plus « purs ». Mais elles n’ont pas eu la même histoire, et pas agi selon les mêmes motifs, produisant des résultats bien différents. Ce sont deux royaumes antagonistes qui s’opposent, même si un peu trop caricaturalement.

Le dernier point qui m’a le plus fasciné, c’est la Terre. C’est profondément celtique tout ça. Le Roi est « affilié » à une terre, qu’il doit faire prospérer, métaphoriquement et physiquement. Rappelez-vous que le Roi est choisi/élu par mariage avec la Déesse de la Terre, qui lui confère son pouvoir. Terre et royauté sont indissociablement liées. Ici nous avons ici la matérialisation du mythe : une reine illégitime à cause du meurtre, mais aussi à cause de son égoïsme, fait ainsi mourir littéralement la terre. De l’autre côté, Blanche Neige incarne la force vitale ultime, c’est mentionné dans le film : elle est la vie de la terre, tous les animaux, les esprits (fées etc), les êtres, sentent à son contact le pouls sacrés et elle les transforme de façon emphatique (elle guérit les nains). Les animaux la guide, viennent à sa rencontre, c’est la représentation exacte de ce que les païens tentent de faire : être en contact avec la Terre et ses êtres, recevoir les signes, être à l’écoute… et là elle possède une dimension supérieure par son sang noble, et son rôle de future reine, d’où son action directe sur la terre, le fleurissement etc (fertilité).

J’ai ri aussi, si ça n’a pas été traduit en français, les nains qui sont les représentants directs de la terre portent les noms des Oghams !

A côté de ça on retrouve la dualité parfaite de la roue des saisons, hiver/printemps, l’hiver qui tente de tuer le printemps (comme la Cailleach) ; et le conte initiatique féminin (plutôt royal mais bon). Beaucoup, beaucoup de symboles.

Bref, un film vraiment sympa et perturbant finalement : comment un film hollywoodien grand public, presque Disney, a pu revenir de façon aussi radicale près des mythes ?

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~ par Valiel Elentári sur juin 22, 2012.

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