Traduction « La Grande Reine et la Souveraineté du Moi »

La Morrigan est plus connue comme déesse de la guerre. Dans la mythologie Irlandaise, lorsqu’il y a des conflits et des querelles, il y a des chances que vous trouviez la Morrigan aux ailes-noires derrière. Mais la Morrigan remplie de nombreux rôles et possède de nombreuses apparences, chacun d’eux sont évoqués en détail dans mon livre, Celtic Lore & Spellcraft of the Dark Goddess: Invoking the Morrigan. Tandis qu’aujourd’hui nous pensons à elle comme une reine de la guerre, elle est plus exactement la « Grande Reine » et une déesse de la souveraineté.

La mythologie celte est pleine de pouvoirs, de reines énigmatiques, mortelles et divines à la fois. Certaines, comme Maeve et Rhiannon, sont d’abord des déesse mais elles sont parfois rétrogradées en reines mortelles dans leur mythe. Tandis que dans la plupart des mythe, la nature divine de la Morrigan reste intacte, dans quelques cas, comme lorsqu’elle apparaît sous le nom de Macha, son statut est diminué, et elle apparaît comme une reine mortelle. Quoiqu’il en soit, les rôles de ces reines restent les même. Elles personnifient le pouvoir, l’autorité et la force. Elles sont des déesses de la terre, et seule une union avec elle permet aux rois de gagner le droit de régner. Pour les chercheurs modernes, elles offrent les cadeaux de la capacitation (prise en charge de soi même) et la connaissance de soi. Elles nous défient de réclamer la souveraineté dans nos vies et nous conduisent vers la plénitude.

Nous pouvons examiner quel rôle la déesse de la souveraineté peut jouer dans nos vies aujourd’hui, cela est important pour comprendre qui elle était pour ceux qui l’adoraient dans le passé, les Païens. Pour les celtes, la souveraineté n’était pas simplement le droit de régner sur un clan ou un pays; la souveraineté était un pouvoir divin qui était accordé par la déesse de la terre. La déesse et la terre étaient une et unique, et cette souveraineté prenait l’apparence d’une femme mystique ou divine. Ce n’était qu’après une union – soit un mariage, soit une relation sexuelle – avec elle que le roi pouvait régner. En s’unissant à la déesse de la terre, il devient à son tour connecté avec la terre et ses habitants. On croyait qu’une imperfection du roi pouvait se répercuter sur la terre; si un roi était imparfait par quoique ce soit, il ne pouvait pas longtemps rester roi de peur qu’il transfert cette imperfection sur la terre. Ainsi, lorsque le roi des dieux irlandais, Nuada, perdit sa main dans la bataille, il fut contraint d’abdiquer.

Comme les rois doivent contracter un mariage symbolique avec la déesse de la terre, il y a de nombreuses références à des déesses de la souveraineté étant aussi des reines. La Morrigan ne fait pas exception; son nom signifie «Grande Reine», il est aisé de conclure à un lien avec la souveraineté, et Macha (l’une des trois déesses reliées à La Morrigan) apparait comme une reine mortelle qui se bat pour conserver le droit de régner. Le père de Macha régnait avec deux autres rois, chacun à tour de rôle régnant pour une durée de sept ans. Quand son père décéda et que son temps vint de régner, elle exigea de prendre sa place. Les autres rois refusèrent, ne voulant pas régner à côté d’une femme. Macha engagea rapidement une guerre contre eux et gagna sa couronne sur le champ de bataille. Il est important de remarquer que les autres rois ne pouvaient pas gouverner sans elle. Quand ils la rejettent, ils rejettent le pouvoir de la souveraineté qu’elle détient. Et comme ils trouvent sur le champ de bataille, ils ne peuvent pas s’accrocher au pouvoir sans le consentement de la déesse.

Comme les autres déesses de la souveraineté, la Morrigan avait un lien fort avec la terre. Alors que nous pensons à elle comme une déesse des batailles, son nom apparaît en lien avec de nombreux travaux et de caractéristiques de la terre, faisant d’elle à l’origine plus probablement une déesse terrestre. Dans le Pays de Meath, il y a une paire de colline appelée The Dá Chich na Morrigna(les seins de la Morrigan), dans le Pays de Louth nous trouvons Gort na Morrigna(le champs de Morrigan), et dans la Vallée de la Boyne, il y a le tertre Mur na Morrigna(le Mont de la Morrigan). « Le Lit du Couple » est une dépression le long de la rivière Unius qui marque l’emplacement où Morrigan s’est unie avec le dieu Dagda. Les endroits dont elle a fait sa maison sont aussi des indices de sa connexion avec la terre et la souveraineté. Avant de s’installer dans la grotte de Cruachan, il a été dit qu’elle aurait habité à Tara, où les hauts rois de l’Irlande étaient intronisés. La Cave de Cruachanse tenait non loin de Cruachan, le siège du pouvoir royal des rois et reines de Connacht.

Le cadeau de la souveraineté n’était pas partagé ; C’est plutôt comme si elle était transférée de la déesse vers le roi, qui agit alors comme son représentant. Cette relation n’était pas permanente ; si le roi devenait trop vieux pour régner ou était injuste, la déesse pouvait quitter cette union et remplacer ce roi par un plus jeune ou par un souverain plus convenable. Nous pouvons retrouver ce thème dans les histoires de Maeve, Rhiannon et Guenièvre. Bien que réduite à une reine mortelle, les capacités de Maeve et l’impossibilité de sa tâche qu’elle accomplit met en lumière ses origines divines. Elle prend de nombreux consorts, les replaçant comme elle l’entend. Malgré cela, Maeve conserve toujours la royauté sur le Connacht, alors que les hommes dans sa vie, ne peuvent devenir rois qu’à travers une union avec elle. De même, jusqu’à l’union entre la Morrigan et le Dagda, un des rois des Tùatha De Danann, il est impossible aux dieux Irlandais de vaincre leurs ennemis Fir Bolg et de régner sur l’Irlande. Comme pour les autres rois, le Dagda (comme les autres dieux irlandais) ne peut pas véritablement régner sur l’Irlande avant de s’engager dans une relation sexuelle ou un mariage avec la déesse de la Terre.

Dans la légende de Rhiannon, nous observons sa volonté de quitter un engagement et de chercher un compagnon plus digne, le prince Pwyll, qui régnera finalement comme un roi juste avec Rhiannon à ses cotés. Il est également intéressant de noter que comme la Morrigan, le nom de Rhiannon est traduit comme « Grande Reine » à partir d’une racine similaire, « rigani », signifiant « reine ». De même, dans le triangle amoureux formé par Guenièvre, Arthur et Lancelot, nous observons une figure de souveraineté (ici représentée par la reine mortelle Guenièvre) cherchant un compagnon plus à son goût. Leur histoire est plus probablement une version déformée d’un mythe d’une déesse de la souveraineté. Comme femme mortelle, elle est réduite à une femme lubrique, menteuse, mais quand nous l’observons dans sa forme d’origine, nous l’a voyons plutôt comme une déesse de la souveraineté. Elle garde le droit de choisir ses amants et de donner la souveraineté à un compagnon plus jeune, plus digne. Elle agit dans l’intérêt de la terre, donnant le pouvoir de régner à celui qu’elle sent être le plus adapté pour assurer sa prospérité et sa protection.

Ce même thème se retrouve dans les interactions entre la fée Morgane et son frère et parfois amant, quand elle tente de remplacer Arthur par son jeune amant Accolon comme roi. Le fait que la fée Morgane et la Morrigan soit une même entité est contestable, mais elles partagent de nombreux points communs. Le personnage de la fée Morgane est dérivée de la déesse Modron, qui est l’équivalent gallois de la Morrigan, suggérant alors une connexion entre les deux. Elles partagent assurément des rôles similaires en tant que figure de souveraineté dans la tradition celtique.

La déesse de la souveraineté, comme la Morrigan, était métamorphe (shape-shifter) ; elle pouvait prendre la forme d’une belle et jeune femme ou d’une monstrueuse veille. Quand elle apparaît comme une vieille, c’est habituellement pour tester le roi ou pour le destituer, tandis qu’elle prend la forme d’une jeune femme pour lui accorder son soutien affectueux et des cadeaux. Parfois les deux thèmes sont combinés et le roi doit faire face à la sorcière pour qu’elle se transforme ensuite en belle jeune fille.

La sorcière-souveraineté apparaît généralement dans l’histoire quand le roi a brisé ses vœux envers la déesse. Généralement, c’est après avoir violé un tabou, ou geis. Les rois et les héros ont souvent des geis placés sur eux par une déesse ou une femme de l’autre monde. Briser un geis porte malheur et, dans la plupart des cas, cause la mort du héros ou du roi. Quand le roi brise un de ses geis, la sorcière-souveraineté peut apparaître, le tentant pour qu’il brise les tabous restant. Cela fonctionne comme une sorte de vérification divine et de système de contrepoids. Si il brisait son tabou, il était alors indigne et la déesse reprenait le pouvoir de souveraineté dont il avait abusé.

Nous retrouvons souvent la Morrigan jouant le rôle de sorcière-souveraineté qui destitue les rois indignes. Dans The Destruction of Da Derga’s Hostel – la destruction de l’auberge de Da Derga- la Morrigan (ici elle prend l’apparence de Badb) apparaît à la porte du roi Conaire après que celui-ci ait brisé plusieurs de ses tabous. Déguisée en une hideuse sorcière, elle le dupa en brisant son derniergeis, celui de ne jamais admettre femme seule dans sa maison après la tombée de la nuit et au matin, Conaire était mort. Conaire aurait pu choisir de ne pas briser son tabou, mais il le fit, ratant le test de la déesse.

Les relations entre la Morrigan et Cùchulain suivent un patron similaire, sauf que Cùchulain, contrairement au Dagda, refuse de reconnaître le pouvoir de la déesse. Cùchulain n’est peut être pas été roi, mais il était le champion de l’Ulster, et en protégeant et défendant la terre contre l’armée de Maeve, il agit en grande partie comme un roi le ferait. La Morrigan, charmée par ses prouesses au combat, lui apparaît comme une belle jeune femme. Elle lui offre son amour, mais il repousse brutalement son offre. En refusant la proposition de relation sexuelle de la déesse, il refuse en même temps son offre de lui conférer la souveraineté et ne parvient pas à reconnaître le pouvoir de la déesse personnifiant la terre. Quand elle lui propose plutôt de l’aider dans la bataille, il l’insulte encore. Aveuglé par son ego, il estime qu’il n’a pas besoin d’aide pour gagner ses batailles. Comme d’autres rois que la déesse de la souveraineté a testés et trouvés indignes, la Morrigan prend des mesures contre lui. Elle l’attaque en prenant la forme d’un génisse, d’une anguille et d’une louve l’entravant dans la bataille.

Comme dans sa relation avec Conaire, elle essaye de faire briser au héros sa geis. Avant la bataille finale de Cùchulain, elle apparaît comme une sorcière le long de la route cuisinant de la chair de chien. Elle lui propose un peu de viande, ce qui le met dans une situation délicate. Cùchulain a deux tabous, ne jamais manger de la chair du chien dont il porte le nom, et ne jamais refuser la nourriture qu’on lui offre. Peu importe son choix, qu’il refuse la nourriture ou qu’il la mange, il brisera une geis. Il mange la nourriture et comme Conaire, meurt peu de temps plus tard.

Dans la mythologie, la déesse de la souveraineté est une puissante reine ; elle dispense la justice et aide le valeureux, tout au service de la terre et de ses habitants. Mais comment transposer cette figure de la reine divine dans la spiritualité d’aujourd’hui ? La Grande Reine, dans toutes ses formes, ne peut plus tester de rois dans le monde actuel ; cependant elle nous offre un défi différent. Comme la déesse de la souveraineté, la Morrigan nous défie de devenir nos propres champions, de revendiquer notre souveraineté sur nous.

Trop souvent dans la vie, nous oublions de reconnaître notre propre pouvoir, notre droit de diriger nos vies. Parfois, nous remettons notre pouvoir aux autres : peut être que nous avons appris à nous reposer sur les autres au lieu de nous même, ou que nous sommes effrayés de prendre le contrôle de nos vies, ou peut être que nous avons remis notre pouvoir à un autre par amour. Peut-être que nous nous sentons trop timide pour parler de nos sentiments véritables, ou que nous sentons que le cours de nos vies est hors de notre contrôle. Que nous ayons renoncé à notre pouvoir personnel au sein d’une relation, dans notre carrière, ou tout simplement dans la vie en général, la Grande Reine nous appelle pour nous de récupérer notre souveraineté.

Beverly Moon and Elisabeth Benard établisse un lien entre le mot « souverain » et le sanskrit sva-raj, qui signifie « autonomie » ou « autonome ». Une autre signification de rajest « lumineux » ou « rayonnement », il y a donc une idée que la souveraineté n’est pas seulement le fait de régner sur soi-même, mais aussi d’être dans un état d' »auto-luminescence », en laissant briller notre rayonnement intérieur. Quand nous auto-gouvernons nos vies nous ne laissons pas nos destins aux autres. Portés par cet aspect de la déesse, nous pouvons remodeler courageusement nos êtres et nos vies selon nos désirs.

Comme la sorcière-souveraineté, elle nous apparaît lorsque nous avons besoin de briser les barrières qui nous retiennent dans nos vies. Elle teste notre force, et nous apprend à compter sur notre puissance intérieure. Comme la reine, elle nous enseigne la nécessité de l’action. Si nous voulons apporter des changements dans nos vies, comme Macha, nous devons aller à la bataille et nous tenir debout pour ce que nous croyons. Lorsque nous avons appris à faire appel à notre force intérieure, elle apparaît comme la belle jeune fille, nous offrant la richesse de la terre et les fruits gagnés par nos durs efforts.

Alors que les grandes reines de la mythologie sont souvent considérées comme « méchantes », elles nous enseignent une vérité essentielle. Lorsque nous embrassons les mystères de la reine souveraineté, nous assumons notre propre puissance intérieure, laissant rayonner notre lumière dans tous les aspects de nos vies. Les anciennes reines des mythes et légendes ont pris le pouvoir de leurs propres mains, et se battent farouchement pour le garder. Peu importe les situations, elles sont restées résolument fidèles à elles-mêmes. En gouvernant elle même leur vie, elles ont façonné le cours de leurs histoires, tout comme nous pouvons re-façonner la notre.

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~ par Aubépine sur octobre 1, 2012.

Une Réponse to “Traduction « La Grande Reine et la Souveraineté du Moi »”

  1. C’est parfait ça.Merci de ce travail pour nous présenter un peu plus Morrigan dans son aspect souverain, ça me travaille beaucoup en ce moment ce côté là 🙂 .

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