La puissance des serments

Voici une idée (présentée à la fin), détournée par une digression sur mon expérience des serments.

(c) Brian Froud

On me dit souvent que je suis très exigeante vis à vis des autres, mais je le suis d’abord avec moi-même. J’ai toujours été quelqu’un d’entier et de très « littéral ». Je possède cet esprit carré qui ne comprend pas l’inconstance et la non responsabilité. Quand rien n’engage obligatoirement les gens et qu’ils décident de dire, de proposer quelque chose, ne pas s’y tenir est déboussolant. C’est comme une case manquante dans mon cerveau, un vide, et je ne peux pas concevoir cette chose / action. Si on ne peut pas tenir quelque chose… pourquoi s’y être engagé ? Puisque rien ne nous y obligeait, pourquoi ne pas avoir pris une précaution (un « peut-être » ou un « je ferai mon possible » par exemple, qui laissent une ouverture) qui n’est pas simplement rhétorique ?

Pour toutes ces raisons, quand il s’agit de spiritualité, je suis encore plus exigeante. Un serment de type spirituel prend selon moi une charge supplémentaire car il est sacré, il engage encore plus mon âme par sa nature. Toute parole engagée dans la vie courante peut porter du sacré, mais lorsque le cadre spirituel se superpose, ça décuple je crois, par tous les niveaux impliqués imbriqués. Le fait que je travaille avec la Morrigan principalement a à la fois éclairé cette tendance que j’avais, mais l’a aussi renforcée. Plus j’avance, et plus j’intègre au quotidien, à chaque instant, cet idéal de droiture et de justice. Je suis tenue de l’incarner en fait. Cela touche les actes aussi bien que les paroles, et récemment principalement la parole. Bien souvent au quotidien il ne s’agit pas d’être courageux et de se jeter dans une mêlée. On fait aussi preuve de courage en prenant la parole en public, en exprimant une opinion à part, en défendant une idée… Et elle peut clairement prendre alors une coloration sacrée dans cette recherche de la Justice. Et pourtant, ça n’est « juste » qu’une parole, et pas encore un serment. Vous voyez probablement mieux maintenant la nuance que je fais, et pourquoi je prends autant de précaution avec les serments.

Quand je fais un serment devant les Dieux, bien que cela soit peut-être parfois de l’auto-dénigrement aussi (j’y travaille), je choisis toujours avec énormément de prudence mes mots, pour qu’ils soient « petits » : dans le contenu à mettre en actes, dans la durée, etc, je préfère commencer très bas pour être sûre de pouvoir remplir mon serment, quitte à le renouveler plus tard ou à le modifier. Mais toujours, partir du bas vers le haut. C’est comme ça qu’on avance, c’est progressif, comme de faire pas à pas. Prenons un contre-exemple : le jour où j’ai lancé ce sanctuaire, j’avais à la fois une certaine inconscience de ce que cela pouvait représenter (les implications) et une grande peur floue : la formulation de mon serment était trop floue justement, je n’avais pas de visibilité, mais j’avais déjà prêté / juré. Le noeud problématique principal était la durée de mon engagement, je n’avais pas défini des bornes claires. Est-ce que l’ouverture de la formulation me permettrait de le fermer à tout moment, ou bien est-ce que cela m’engageait sur une vie entière ? Un site, un partage personnel, fluctuent énormément dans le temps, selon que l’on peut accorder à nos recherches et pratiques personnelles, et aussi (surtout?) à l’écriture. Se rajoutent à cela les épreuves de vie, qui parfois chamboulent tout et nous éloignent. Comme rien n’existait de semblable à l’époque (en français), je m’étais dit que toutes recherches ne seraient-ce que compilées pour les autres trouveraient des intéressés. Animer le blog me passerait jouable. Mais au-delà ? Aucune visibilité. Un an c’est déjà beaucoup, se représenter, deux ans, trois ans d’animation, c’était impossible. Mais je voyais bien que j’étais déjà engagée. Cela a été très formateur finalement. C’était plus ou moins mon premier serment, et le plus difficile. Il m’a donc appris beaucoup pour la suite, cette prudence dont j’ai parlé, et la quête du raisonnable.

Or récemment, j’ai découvert quelque chose de nouveau, un fait troublant dans la mécanique du serment, et qui n’est pas pour me rassurer ! (lol) Je croyais jusqu’ici que les serments devaient avoir une forme solennelle. Cela n’engage pas nécessairement un rituel compliqué etc, mais ça ne doit pas juste être quelque chose dans la tête en passant. Je percevais la prise de serment comme un moment sacré, une suspension dans le fil du temps, le quotidien, un arrêt. Or il y a un peu plus d’un mois maintenant, je méditais sur un nouveau serment à prêter  à Morrigan. Etait-ce nécessaire ? Est-ce que ça me ferait avancer ? Etait-ce « contraint », ou bien quelque chose qui émanait de mon coeur ? En accord avec l’éthique développée plus haut, je réfléchissais à le teneur qu’il pourrait avoir, sa durée, son contenu, le travail que ça représenterait, ce que j’étais capable de promettre ou pas, et puis comment formuler tout ça… Je trouvai quelque chose mais j’ai cru que c’était trop simple ou trop vague, ça m’est tombé dessus d’un coup et je pensais alors que ça n’était pas très « réaliste », pas forcément quelque chose qui venait du coeur, mais peut-être plutôt une idée intellectuelle de surface. Du coup, doutant de moi, je le notais dans un coin au brouillon, dans mon journal, pour éviter de l’oublier (mon grand problème). Et je comptais attendre que cela décante tranquillement. Visiblement ça n’était pas censé arriver comme ça, car quelques jours plus tard, vraiment à peine deux, trois max, je me suis retrouvée avec une épreuve initiatique sur les bras ! Pas quelque chose de mystico-trippé, non, j’entends par là une épreuve de vie, une épreuve spirituelle ; des actes à faire qui semblaient hors de ma portée, et des choix cruciaux. Je n’avais pas cru avoir « arrêté le temps » et juré comme je le définissais plus haut a priori, j’étais dans une attente la plus complète de peaufiner mon travail, d’acter mon serment… mais l’épreuve est arrivée dans les termes mêmes, mots pour mots, de mon serment soit disant « brouillon »… L’épreuve constamment renouvelée de la Souveraineté. Sans rituel, sans cadre, sans certitude, il avait suffit d’une micro bulle pour enclencher la machine. Est-ce lié à l’intensité de mon travail avec Morrigan ? Etait-ce une boutade ou un test de sa part justement ? Est-ce que j’ai intégré à ce point ce « code d’honneur », pour que la parole chevauche celle, silencieuse, qui se déroule parfois dans ma tête ?

Je ne saurais pas, mais j’ai rigolé jaune, et appris à mes dépens que je dois désormais être encore plus prudente qu’avant (il faut le faire) ! Je suis soulagée d’avoir pu tenir ma parole et remplir mon devoir, mais songeuse pour l’avenir. Eviter de se faire épingler sur un serment que l’on n’avait pas juré officiellement… et peser bien chaque mot, même s’il n’est pas prononcé. *On n’est pas sorti des ronces (sic)*

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~ par Valiel Elentári sur mai 19, 2014.

4 Réponses to “La puissance des serments”

  1. Effectivement je m’étais un jour dis « dans ma tête » que je ferais un filet pour Mannanan… puis j’ai mis ça dans « mes choses à faire ». Et bien, rapidement, Mannanan est venu réclamer son du!

  2. […] comme je l’écrivais dans un article récent, que je ne prends pas les serments à la légère. J’ai vu trop de fois des gens prendre un […]

  3. […] 4 ans que je lui ai construit ce petit site-blog. Or justement, comme j’en parlais dans mon article sur les serments il y a quelques mois, je ne prends pas tout ça à la légère, ça n’est pas dans mon […]

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