Je ne suis pas une prêtresse

Voici un article « brouillon », avec plusieurs pistes de réflexion différentes sur la prêtrise à notre époque.

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Il y a de nombreux mois maintenant, j’avais trouvé cet article de John Beckett sur mes réseaux US qui exposait tel quel dans le titre « Pas son prêtre », et qui m’avait frappé justement car l’article que je publie aujourd’hui était déjà en brouillon sur mon wordpress à l’époque. Non seulement il m’avait passionné car il s’agit d’un témoignage masculin pour une fois, mais aussi car il allait me fournir un miroir pour mes propres réflexions. En résumé, cet homme explique qu’il est très impliqué spirituellement, qu’il est prêtre de Danu et de Cernunnos dans différentes structures, et que oui, il a énormément parlé de Morrigan. Cependant, ça ne fait pas de lui son prêtre, mais si de l’extérieur le travail fourni a l’air d’être le même. Il a conduit des rituels, initié des personnes, il la prie toutes les nuits… mais il n’est pas son prêtre. Un extrait clé qui résume :

« For now, and speaking as a devotional polytheist, let me simply say that priesthood is defined not only by what a priest does but also by the nature and structure of the relationship between the priest and the God.

Our differing examples of priesthood (Catholic, Protestant, Wiccan) create confusion for some people coming into devotional polytheism from our wider culture, or even from other forms of Paganism.  I hear many people say they feel like they should be a priest, or that if they don’t have a patron deity there must be something wrong with them.

I’m a proponent of forming and maintaining strong reciprocal relationships with Gods, and with ancestors and other spirits.  But you don’t have to be a priest to pour a libation.  You don’t have to be a priest to tell the stories of a Goddess.  You don’t have to be a priest to make a request, or to pay your debts if that request is granted.  You don’t have to be a priest to hear the call of a God and to respond. »

Non, pour ma part, je suis pas une prêtresse. Je suis dans le même cas. J’offre des choses, je pratique énormément, mais je n’ai pas ce titre. Un ami a déjà fait cette bourde de m’appeler ainsi, et cela a déclenché mes foudres. Signe tout à fait évident d’une Ombre mal digérée… Mais je n’arrivais pas à mettre le doigt sur les causes nombreuses du problème. Il fallait du temps, plus de temps, et je crois que seulement aujourd’hui j’y vois clair et suis enfin apaisée. Ce terme je le refusais, pour de multiples raisons : trop de doutes, trop d’humilité, trop de perfectionnisme, pas assez d’expérience. Et je le refuse encore, avec justesse il me semble. Si je devais reprendre les points principaux pour vraiment illustrer :

  • L’importance du temps. Après avoir été très enthousiaste et dans l’action les deux premières années, j’ai adopté par la suite une position de recul et de silence. J’ai souhaité me replier pour apprendre dans mon coin. Je voulais me former, découvrir, expérimenter. Je voulais cheminer. J’ai eu la sensation que j’avais été un peu vite en besogne. Aussi, je vois le titre comme une forme de reconnaissance au bout du chemin, or je l’ai à peine commencé…
  • Dans cette veine justement, je me suis rendue compte que nous avions des aînés pour ça. Alors, même si en France le polythéiste possède une autre forme (que celle des US), et s’il est plus couramment vécu dans les deux traditions les plus fortes comme le druidisme et le « nordisme » (pour faire vaste) qui n’ont pas vraiment de système de prêtrise de ce type, malgré ça, il y a des aînés, comme les druides (c’est juste un exemple), des gens qui ont passé plus de temps sur le chemin avant nous. J’ai voulu regarder ce qui se faisait ailleurs sur le terrain, et ne pas manquer de respects à ces gens qui ont fourni le travail correspondant, même juste pas « inadvertance ».  Je suis retournée sur mon chemin et vers la Déesse pour me former.
  • Même s’il ne s’agit pas nécessairement que d’une question de temps et d’attendre 30 ans, le fait est que selon la définition de toute façon je n’ai pas prêté serment encore. J’en ai fait d’autres, mais pas le serment de prêtrise. Je suis encore en recherche, en définition, c’est beaucoup trop tôt.
  • Aussi, la question de la communauté est problématique encore. La prêtresse sert, techniquement une communauté… Mais laquelle ? Seulement si elle est dans un temple en dur et qu’on vient lui rendre visite ? Quand on est dans un groupe spirituel, alors on possède au moins cette communauté-là, mais quand ça n’est pas le cas ? On ne se crée pas une communauté pour pouvoir servir… Je m’en rends toujours à Morrigan en fait, au-dessus de tout. C’est Elle que je sers. Le reste en découle. Je suis plutôt à l’image d’un moine / nonne dans ce sens.
  • Finalement, comme je l’écrivais dans un article récent, que je ne prends pas les serments à la légère. J’ai vu trop de fois des gens prendre un serment de prêtrise pour l’abandonner plusieurs mois (années) plus tard, et je ne peux pas concevoir d’abandonner une divinité, d’abandonner un serment que j’ai moi-même prêté sans demande extérieure. Chacun sa définition, mais je ne peux pas fonctionner sur ce modèle, ça me semble anti-nommique.

Cependant, tout cela m’a été rappelé quelques mois plus tard au cours d’un article court, mais toujours aussi touchant, de Thorn Coyle. Le terme de prêtresse je le refuse pour l’instant ; j’ai tendu vers cet idéal pendant plusieurs années, poussée par un élan né de mes expériences avec l’Autre Monde (de 2009 à 2011), mais je ne l’ai jamais utilisé, et je ne souhaite pas que l’on m’appelle ainsi, c’est inapproprié. Un ami m’a cependant fait la réflexion sur ce thème mais « à l’envers » : malgré tout, parfois les actes sont là, et du coup on a des choses à offrir. Et oui, effectivement, cela a toujours été le but de ce sanctuaire : offrir, mes modestes recherches et réflexions ; nourrir ; créer un point d’ancrage, un réseau. Rien de plus, et pas besoin d’être une experte ; juste d’être, d’avoir le mérite d’avoir créé ce site, et partager tous ensemble. L’article de Thorn Coyle mentionne donc que ça n’est pas parce qu’on n’est pas une prêtresse que l’on a rien à offrir, et que le monde n’est pas construit que sur les experts du sacré.

« Sometimes we need to stop hiding from the truth about ourselves…

We do know. We know a lot.
We all have skills and talents that we’ve trained ourselves toward.
Sometimes we don’t feel we have expertise, but we do have experience to offer.
Sometimes we don’t have experience, but we can offer presence.

Sometimes that last is just enough. All that is required.

What are you an expert in, however large or small?
What experiences have you had, that have shaped your knowing?
When can you offer simple presence to another, or some small kindness?

Are you are hiding in plain site, in the center of the circle, voice loud, arms outstretched? Are you are hiding in the corner, on the edges, quiet as a caterpillar waiting for a change?

You have something to offer the world. We all do.
We find it in the face of love. »

Voilà qui bouclait la boucle, l’article de Thorn Coyle adoucissant un peu mon rejet, m’aidant à travailler mon Ombre, mais faisait écho à celui de John Beckett pour m’aider à trouver le noeud conceptuel qui me manquait : ce qui différencie le travail du dévot et du prêtre pour lui est la nature de la relation : liée par un serment, qui demande de dédier sa vie entière à une divinité, ce qu’il n’a pas fait pour Morrigan, quels que soient les actes. Et moi non pour l’instant.

Et aujourd’hui, seulement aujourd’hui, après des mois de travail intensif sur la Souveraineté et le Guerrier, je comprends, et je suis revenue à cet article dont j’avais complètement oublié la partie finale. Ce n’est pas faute de l’avoir lue plusieurs fois, mais je n’avais pas les « armes » pour comprendre et intégrer cette partie :

« Why was that not good enough to be a priest of the Lady of Sovereignty?    

Eventually the answer came.  The Battle Raven wants warriors, and I am no warrior.

If She has called you and you are not a warrior, that’s between you and Her.  Like all the Gods, She calls who She calls.  For me, Her priesthood and warriorship go hand in hand – accepting one means accepting both. » 

Il est évident qu’il y a de très nombreuses définitions de la prêtrise quand on va dans le détail. Que chaque prêtre incorpore dans la définition son individualité, ce qui les rend tous uniques, et alors il y a autant de types de prêtres que de prêtres. C’est un cliché qu’il est presque honteux de rappeler ici, mais bon, c’est utile. Ensuite, chaque divinité appellera des prêtres qui auront des spécificités propres à sa nature, sa symbolique, etc. Je pense qu’il est possible que Morrigan aient besoin de prêtres et prêtresses telle que les francophones le décrivent le plus souvent : servir une communauté, procéder à des rites, avoir un temple en dur, produire des sacrifices / offrandes quotidiennes, etc. Mais pour ma part, j’ai compris que ça n’était pas ce qui résonnait en moi, et qu’en fait je n’étais pas la seule.

Si jamais je finis par le choisir et par prêter serment, ma vie pour Morrigan, ma prêtrise sera à son service à Elle, et seulement ensuite aux Hommes. Elle me montrera le chemin, je serais amenée à procéder à des rituels pour autrui, à parler d’Elle, etc, mais ça n’est pas ma priorité. Mon chemin ne sera pas que ça, au contraire. Le Temple que je dois ériger pour Morrigan doit être mon corps, et il doit rayonner au quotidien. Le code que je dois suivre est strict, et je dois rayonner sa valeur dans mes paroles tous les jours. J’ai enfin fini pour voir un schéma se dessiner sous mes yeux : mes pas m’ont rapprochée du guerrier, ou du chevalier même, pour être plus précis. Une personne qui n’est pas dans un temple, et qui n’est pas fixe. Une personne errante, qui se déplace, voyage, dans la solitude comme une moine, mais un moine combattant d’une certaine façon. Une personne qui doit trouver ses frères et soeurs, et c’est cette communauté là qui l’habite, plus qu’une communauté de dévots. Réveiller la Morrigan sur son chemin, mais son prosélytisme. Répandre les valeurs de plutôt.

Je sens aujourd’hui que mon travail s’approfondit, et qu’il devient en réalité possible que je prête serment à la Grande Reine. Mais je me laisse le temps, nous n’y sommes pas et tout peut changer. Aussi, une fois que j’y serai, je crois que comme ces dernières années depuis 2011, plus que des termes je préfèrerais me focaliser sur les actes : je dirais simplement que j’ai dédié ma vie à la Déesse. Peut-être dans 15 ans, si nous y sommes toujours, alors peut-être le terme de « prêtresse » pourra prendre place dans ma bouche ou dans celle des autres ; s’il convient à ce que je fais, si la « prêtrise » de Morrigan ne demande pas plutôt un autre terme… Selon comment je me sens, selon comment Elle le souhaite. Mais je crois que je me sens très bien dans la peau d’une simple cheminante, je fais mes racines, il y a déjà bien assez de travail et de responsabilités. Je laisse la place aux aînés qui ont fait le chemin avant nous pour prendre des titres qu’ils ont mérités.

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~ par Valiel Elentári sur juin 8, 2014.

2 Réponses to “Je ne suis pas une prêtresse”

  1. Tu a réussi à mettre des mots là où je n’arrivais plus à penser…
    Je suis dans le même cas que toi, voilà 4 ans que j’ai fait une initiation à la prêtrise mais, je n’ai toujours pas fait mon serment et je me définie encore moins comme étant prêtresse. Ton article à soulevé pas mal de choses en moi et je te remercie beaucoup pour ça.

  2. Ton article me parle beaucoup. Avec l’élaboration du sanctuaire Lokean s’est posée la question de la prêtrise. Question que j’ai rapidement balayée. Je me vois plutôt comme une bibliothécaire, une adepte qui a accumulé un peu de savoir et assez de stabilité pour proposer des échanges avec les autres. On a jamais vraiment fini d’apprendre… Et puis dans ma tête, “prêtre(sse)” a une certaine connotation… À tort peut-être.

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