Avancer sur la voie spirituelle vs être « avancé » spirituellement

J’ai trouvé une citation qui résume parfaitement les questionnements, doutes, rejets que j’ai eus par le passé au sujet de la prêtrise, de la voie guerrière et du cheminement spirituel il y a quelques années. La raison pour laquelle j’ai longtemps refusé ces signes, ces pistes qui m’étaient envoyés, ces demandes qui m’ont été faites, cette voie naturelle qui se présentait à moi. Probablement aussi à cause d’un système éducatif européen, non pardon, français, qui a longtemps placé l’enseignant sur un piédestal dans l’inconscient collectif (probablement à cause des débuts de la IIIe République). L’enseignant possède un rôle fondamental, mais on en rencontre malheureusement beaucoup « d’anciens » qui sont devenus très sûrs d’eux et rigides, et qui s’adaptent peu aux profils variés des jeunes, qui se remettent peu en question. — Attention, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, je ne suis pas ici pour lancer un débat sur les enseignants, qui sont d’ailleurs depuis très mal vus. Peut-être qu’il y en a une minorité de professeurs rigides et bougons, autoritaires. Je parle ici uniquement de la vision qui se trouve inconsciemment dans beaucoup de têtes, et qui fut la mienne étant jeune, que l’enseignant est « au-dessus » et qu’il a probablement toujours raison. Du coup, malgré mes expériences ultérieures qui m’ont fait rencontrer des professeurs forts intéressants, humbles, qui n’avaient pas de honte à dire « je ne sais pas », cette vision s’est facilement étendue à d’autres types d’enseignements, d’ateliers (y compris créatifs…) où la personne qui guide doit nécessairement tout savoir à fond, et ne faire aucune erreur. Etrange reflet de perfection que je sais ne pas exister, mais qui revient toujours à l’assaut de l’esprit quand on n’y prête pas attention ! Je me suis longuement battue contre, pour prendre du recul. Malheureseument, le phénomène de « gouru », bien répandu dans le milieu ésotérique et spirituel, n’a pas aidé. Même si je ne parle pas nécessairement du gouru perverti qui cherche à mettre les gens sous sa dépendance pour l’argent ; non, je parle simplement de la tendance à penser avoir la grande vérité. Tout le monde n’est pas comme ça et heureusement, mais certaines personnes, derrière leur écran ou en face de moi, étaient trop promptes à asséner leurs  « grandes » expériences sur les plus jeunes ou plus débutants (puisque ça n’est pas qu’une question d’âge). On devait rester poser là, écouter, et dire oui à tout parce que l’on n’avait pas l’expérience nécessaire (on était jugé comme tel). Bref.

Quoiqu’il en soit, nous nous battons au quotidien. Contre nous-mêmes. Pour être conscients, lucides, et apprendre le détachement ; juger moins. C’est très difficile. Ce que j’ai appris avec le temps, compris, vraiment observé et intégré, notamment au contact d’amis, d’autres praticiens, de druidisants (qui ont une fonction sacerdotale bien identifiée dans leur tradition cadrée), et autres, c’est que nous devons garder à l’esprit que nous sommes perpétuellement étudiants. Alors oui, elle est évidente cette phrase, on la connaît depuis longtemps en fait. Mais je me suis rendue compte qu’il y avait un décalage énorme entre la connaître et la vivre. C’était le garde-fou que je cherchais, pour clarifier ces histoires de légitimité, d’ego, etc. Intégrer que je peux effectivement avoir prêté un serment, porter un titre, avoir des devoirs, sans pour autant être parfaite, sans pour autant avoir 60 ans, sans pour autant être un imposteur. Parce que je ne prétends rien. Parce que j’ai passé du temps, j’ai vu, testé, appris, mais que je continue de le faire. C’est « juste » un bagage qui se construit, dans des domaines spécifiques, et mis en oeuvre pour moi et autrui dans des buts spécifiques. Il ne s’agit aucunement d’être « avancé » spirituellement. Tant que nous ne reculons pas, nous avançons tous, perpétuellement. Nous ne sommes tous que des cheminants. Avec plus ou moins de volonté d’engagement, d’implication, de serments prêtés, aux hommes, aux Esprits, aux Dieux, de responsabilité, et ainsi de suite.

Voici donc la citation, qui résume tout ça :

« I do not pretend to be enlightened, spiritually advanced, or complete in my learning. I consider myself a determined Warrior and a sassy Goddess, a fabulous work in progress. I’m a woman, like you, learning, growing, laughing, and crying. I make mistakes. I step on people’s toes. I get caught in fear and self-doubt. I still take things personally. Sometimes I feel invicible, sometimes I feel fragile and vulnerable. I honor and cherish all these parts of myself – even the ones I don’t like so much. »

—- Warrior Goddess Training (xxi), Heatherash Amara

Ma traduction en français :

« Je ne prétends pas être plus éclairée, spirituellement avancée, ni avoir achevé mon apprentissage. Je me considère comme une guerrière déterminée, une déesse fougueuse, un fabuleux ouvrage en cours de développement. Je suis une femme, comme vous, qui apprend, grandit, rit, et pleure. Je fais des erreurs. Je marche sur les plates-bandes des autres. Je me fais piéger par la peur et le doute. Je prends encore les choses personnellement. Parfois je me sens invincible, parfois je me sens fragile et vulnérable. J’honore et chéris toutes ses parties de moi, même celles que je n’aime pas trop. « 

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~ par Valiel Elentári sur août 22, 2015.

3 Réponses to “Avancer sur la voie spirituelle vs être « avancé » spirituellement”

  1. A reblogué ceci sur Valiel sur la Voie des Dieuxet a ajouté:

    Quelques mots sur la thématique bien connue des titres et des responsabilités qui m’a suivie longtemps.

  2. MERCI! Cet article parle avec brio d’une frustration que je ressens de plus en plus contre le phénomène des « gourous ». La communauté spirituelle est truffée de gens qui parlent au nom de l’ego et ça m’attriste… Belle introduction sur les professeurs dont le rôle archétypal français est tellement bien résumé. J’ai étudié une courte période aux USA et j’y ai vu un véritable échange/dialogue avec les étudiants qui tire vers le haut et incite à penser plus qu’à ingurgiter et recracher. Cet article est une belle synchronicité pour moi!

    • Etant enseignante et formatrice moi-même, je reconnais l’ensemble des difficultés dans un sens ou dans l’autre. Avec les jeunes par exemple, quand on essaie de travailler à l’horizontal au lieu de la verticale, c’est difficile d’être prise au sérieux et d’être respectée ! Parce qu’ils ont également un seul modèle en tête, inconsciemment… Plus les effets de groupe, etc. Donc ce sont des questions extrêmement délicates et à nuancer.

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