La guerre contre la culture du viol

Une affaire qui bat son plein aux Etats-Unis, au sujet d’un « fait de société » très répandu, ancré depuis des années, qu’il est toujours aussi difficile de déconstruire (les crimes commis leur des fêtes universitaires des fraternités). Je ne vais pas résumer ici l’affaire car je n’ai pas le temps, entre les faits, les propos entièrement choquants du père et de son fils comme défense, le verdict annoncé complètement ridicule de 6 mois de prison…. Non, si je viens aujourd’hui, c’est parce que j’ai été éberluée par la réponse d’un politicien à cette affaire :

Joe Biden s’est fendu d’une lettre ouverte particulièrement personnelle et lyrique, pour reconnaître la souveraineté de la jeune victime, et pour vanter son combat guerrier. Les détracteurs pourront reprocher qu’il s’agit d’une manœuvre politique, que, évidemment, ce n’est pas lui qui l’a écrite…. mais peu importe les circonstances. Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est la teneur du fond. La justesse et la beauté d’un tel texte sur les combats des femmes, et aussi, remarquez-le des hommes. De toute une société qui doit travailler ensemble peu importe son genre, qui a des responsabilités, pour régler un fléau.

La chance ici c’est que j’ai trouvé une traduction française :

« Je ne connais pas votre nom – mais vos mots sont gravés à jamais dans mon âme. Des mots que l’on devrait faire lire aux hommes et aux femmes de tout âge.

Des mots que j’aurais voulu que vous n’ayez jamais eu besoin d’écrire.

Je suis impressionné par votre courage d’avoir parlé, d’avoir nommé si clairement le mal que l’on vous a fait, et d’avoir si passionnément défendu votre droit à une dignité égale à celle des hommes.

Et je suis empli de colère – à la fois que cela vous soit arrivé, et que notre société vous ait demandé encore de défendre votre propre valeur.

Cela devait être déchirant, de revivre ce qu’il vous a fait encore une fois. Mais vous l’avez fait quand même, dans l’espoir que votre force puisse empêcher ce crime de faire d’autres victimes. Votre bravoure me coupe le souffle.

Vous êtes une guerrière, vous êtes aussi solide que l’acier.

Je ne connais pas votre nom – mais je sais que beaucoup de gens vous ont abandonnée, cette terrible nuit de janvier et les mois qui ont suivi.

Tous ceux qui, à cette soirée, vous ont vue incapable de réagir et ont quand même choisi de regarder ailleurs au lieu de vous offrir de l’aide. Tous ceux qui ont balayé ce qui vous est arrivé en disant que ce n’était rien de plus qu’une énième “nuit de folie”. Tous ceux qui vous ont demandé “tu t’attendais à quoi ? Il ne fallait pas boire autant”, ou qui ont pensé que vous l’aviez cherché.

Vous avez été victime d’une culture qui existe sur nos campus, où une femme sur cinq subit une agression sexuelle, année après année. Une culture qui promeut la passivité, qui encourage les jeunes filles et les jeunes gens à fermer les yeux sur ce qui s’y passe.

Les statistiques des agressions sexuelles sur les campus n’ont pas baissé ces deux dernières décennies. C’est obscène, c’est un échec qui se tient là, sous nos yeux à tous.

Et vous avez été abandonnée par quiconque a osé questionner cette vérité simple et claire : un rapport sexuel non consenti est un viol. Point. C’est un crime.

Je ne connais pas votre nom – mais grâce à vous, je sais que les héros font du vélo.

Ces deux hommes qui ont vu ce qui vous arrivait – qui ont pris la responsabilité de s’interposer –, ils ont fait ce qu’ils savaient instinctivement être juste.

Ils n’ont pas dit “ce ne sont pas mes affaires”.

Ils ne se sont pas inquiétés des implications sociales, de leur sécurité, ou de ce que leurs pairs allaient penser, avant d’intervenir.

Ces deux hommes incarnent ce que signifie “être un témoin responsable”.

Faire autrement – voir une agression sur le point de se produire et ne rien faire – fait de vous une partie du problème.

Nous avons tous la responsabilité de faire cesser ce fléau de la violence faite aux femmes, une fois pour toutes.

Je ne connais pas votre nom – mais je vois que vous êtes invincible.

Je vois le potentiel illimité d’une jeune femme incroyablement talentueuse, pleine de promesses. Je vois les épaules sur lesquelles nos rêves d’avenir reposent.

Je vous vois.

Vous ne serez jamais définie par ce que le père de l’accusé a durement décrit comme “vingt minutes d’action”.

Son fils le sera.

Je rejoins le chœur de ceux qui vous soutiennent, car on ne dira jamais assez aux survivants : “Je te crois. Ce n’est pas de ta faute.”

Ce que vous avez enduré n’est jamais, jamais, jamais, JAMAIS de la faute d’une femme.

Et alors que la justice a rendu son verdict dans votre cas particulier, la nation n’en est pas satisfaite.

Et c’est pourquoi nous continuerons à parler.

Nous parlerons pour changer la culture de nos campus, une culture qui continue à poser les mauvaises questions : que portiez-vous ? Pourquoi étiez-vous là ? Qu’avez-vous dit ? Combien d’alcool aviez-vous bu ?

Au lieu de demander : comment a-t-il pu penser qu’il avait le droit de violer ?

Nous parlerons contre ceux qui veulent nier, contre ceux qui savent que ces crimes se produisent, mais qui ne veulent pas y être mêlés. Ceux qui pensent que ce crime atroce est “compliqué”.

Nous parlerons pour vous – vous qui restez anonyme non seulement pour protéger votre identité, mais parce que vous représentez si bien “n’importe quelle femme”.

Nous deviendrons des phares, comme vous l’avez fait, et nous brillerons.

Votre histoire a déjà changé des vies.

Vous avez aidé à changer cette culture.

Vous avez sorti des milliers de gens de leur torpeur et de leur indifférence envers la violence sexuelle, ceux qui permettent à ce problème de perdurer.

Vos mots aideront des gens que vous n’avez jamais rencontrés, que vous ne rencontrerez jamais.

Vous leur avez donné la force de se battre.

Et, je le crois, vous sauverez des vies.

Je ne connais pas votre nom – mais je ne vous oublierai jamais.

Les millions de gens qui ont été touchés par votre histoire ne vous oublieront jamais.

Et si tous ceux qui ont partagé votre lettre sur les réseaux sociaux, ou qui ont eu des conversations chez eux avec leurs fils et leurs filles, si tous ceux-là savent puiser dans cette passion, cette colère, cet engagement qu’ils ressentent en ce moment, la prochaine fois qu’ils auront le choix entre intervenir et passer leur chemin, alors je crois que vous aurez contribué à changer le monde, en mieux. »

Merci Le Monde pour cet article. (cliquez)

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~ par Valiel Elentári sur juin 10, 2016.

Une Réponse to “La guerre contre la culture du viol”

  1. Très bel article qui sait mettre les mots sur le malaise de la société actuelle. Dans mon quotidien, j’essaie de ne pas me laisser entraîner par le mouvement et d’oser faire un premier pas vers l’altruisme. Je déplore que ce genre d’action soit vue comme un exploit alors qu’il devrait être banalisé. Notre société moderne, enfermée dans une vie virtuelle cachant la vraie nature des choses, ne sait pas réagir. Elle se contente seulement d’être spectatrice et de porter un jugement de valeur, bien à l’abris derrière ses écrans. Les actes braves sont alors réservés aux « autres », à des inconnus qui n’ont rien à prouver, qui n’ont pas une image à entretenir, qui n’ont pas peur d’aller de l’avant. Cela ne concerne pas uniquement les sévices faits aux femmes mais toute la barbarie du monde, sous toutes ses formes.

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