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Déconstruire ses pratiques pour plus d’alignement (1) Le Cercle de Pratique.

Voici le premier épisode de mon journal personnel qui témoigne de ma volonté de déconstruire mes connaissances sorcières pour les aligner davantage avec ma tradition, mes alliés et mes croyances.

Je viens de la sorcellerie des campagnes et comme tous et toutes, à part les transmissions populaires, j’ai vite été confrontée en ligne à des contenus extrêmement lissés et qui présentent des traditions et des éléments de pratique comme la seule possibilité.

Je voulais vous parler aujourd’hui des 4 éléments car cette question est revenue brusquement sur le devant de la scène et plus particulièrement la question du feu.

Dans la sorcellerie traditionnelle, les éléments sont abordés de façon classique et occidentale. On retrouve donc le feu, l’air, l’eau et la terre. Le mélange de ces éléments peut selon les traditions hermétiques et néo-païennes donner l’éther. Ce système élémental apparait vite comme une évidence dès lors que l’on se penche sur des questions pratiques comme la création d’un cercle de pratique.

En effet, dès lors que l’on construit un cercle de pratique, on fait appel à ces 4 éléments qui se retrouvent placés en correspondance sur les 4 points cardinaux, eux même associés à des saisons. Avant de parler des éléments, j’aimerais questionner la nécessité d’un cercle de pratique. En sorcellerie des campagnes, il est très rare de tracer le cercle cérémoniel avec les 4 éléments. Le but présenté de ce genre de pratique le plus souvent est un but de protection et de concentration des énergies. Il apparait de plus en plus comme une pratique obligatoire et nécessaire en témoigne les questions que posent les débutants.

Tout cela reste flou et je pense que tout ce système peut être questionné selon nos traditions. D’où vient cette pratique du cercle magique ? A-t-elle sa place dans une tradition irlandaise voire celtique ? Cette tradition visiblement est relativement tardive. Il est difficile de retracer l’origine d’une telle pratique car elle est multifactorielle. D’un côté, le cercle possède une symbolique très forte qui se retrouve dans des pratiques indigènes comme dans les tribus natives américaines. De l’autre, cette pratique est visible dans la magie cérémonielle d’où elle semble tirer son origine forte et d’où semble extraite l’idée selon laquelle pratiquer en dehors d’un cercle serait dangereux pour le praticien. Par la suite, la Wicca traditionnelle puis éclectique a développé cette pratique, la rendant un grand incontournable de toute pratique magique.

Pour autant trouvions-nous des pratiques similaires dans les peuples indigènes celtiques ?

Je tiens avant tout à rappeler que le terme celtique témoigne d’une unité qui n’a jamais réellement existé. Les contenus qui présentent la spiritualité « celtique » ne prennent pas en compte le fonctionnement tribal et la chronologie du peuplement de l’Europe par les peuples dits celtes. Ainsi, l’ère « celtique » irlandaise est bien plus tardive que l’ère « celtique » continentale où même là se trouve des grandes disparités. Le terme « celtique » témoigne avant tout d’un phénomène linguistique. Il est donc important de prendre en compte ces nuances dans le mot « celtique » utilisé aujourd’hui de façon fantasmée et romantisée.

Dans ma tradition qui est gallo-irlandaise, le cercle pourrait trouver sa source dans les pratiques liées à la symbolique du Nemeton, ce bosquet, cet espace faisant intervenir des zones de liminalité fortes et où le sacré y est par nature condensée. Le Nemeton se retrouve essentiellement dans des pratiques gauloises et dans le druidisme actuel et antique. Tout ceci reste essentiellement des suppositions car il existe très peu de sources à ce sujet en dehors des études archéologiques et des écrits romains. Pour autant Brunaux qui est selon moi l’historien de référence sur les gaulois, explique ce que sont probablement les Nemetons dans Les bois Sacrés des Celtes et des Germains. Pour lui il est important de comprendre que le Nemeton, ce bosquet sacré, cette clairière (qui sont d’ailleurs des mots que l’on retrouve dans le vocabulaire druidique actuel type OBOD) sont des étendus d’arbres probablement artificielles, bien loin des images d’Épinal de forêts primordiales et sauvages que l’on peut apercevoir dans les contenus néo-paiens actuels (Coucou le Wild Wood Tarot, que j’adore pourtant mais qui est construit sur un fantasme).

Ce bosquet sacré était probablement une création purement artificielle et donc Brunaux nous invite à davantage comprendre le rôle de l’arbre dans le fonctionnement religieux des peuples gaulois. Pour cela, il étudie les sanctuaires dans le nord de la Gaule, chez les Belges. Il analyse le rôle à la fois macabre et sacré de ces géants verticaux. En effet, des descriptions se trouvent dans les livres des anciens : Les arbres servaient à la fois de piège, de piquet d’exposition de dépouilles d’ennemis mais également de réceptacle sacré des dons du ciel dont le gui est souvent perçu comme le plus emblématique des représentants.  

Cette verticalité terre/ciel est présente visiblement également en Irlande  où la question de la présence d’un arbre monde fait débat mais où la lettre de l’ogam Dair ou encore certains épisodes mythologiques nous laissent penser qu’il existait des arbres sacrés en lien avec la souveraineté de la terre. L’arbre sacré reste debout et droit tant que le roi et le peuple entretiennent un lien honorable avec la terre et l’autre monde. Le roi ou le peuple qui vient à manquer d’honneur et de respect voit Dair chuter, frappé par la foudre, symbole de la colère divine qui vient rectifier ce qui ne va pas.

D’ailleurs, en Irlande, chaque province possédait son arbre sacré. Ne voit-on pas là se dessiner un balisage du territoire par le biais de la figure de l’arbre ? La verticalité de l’arbre rencontre l’horizontalité du territoire irlandais. Finalement l’Irlande était-elle perçue comme un bosquet d’arbres sacrés présents sur les points cardinaux et au centre ? Les sources actuelles ne permettent pas d’affirmer une telle vision chez les peuples antiques. Mais cela reste une hypothèse potentiellement légitime.

Intuitivement, se placer dans un cercle fait sens dans ma pratique et sans avoir forcément creusé la question de façon universitaire et approfondie, je vois les éléments porteurs de la symbolique du cercle, même si ces éléments restent emplis de mystère. Le cercle celtique semble donc potentiellement être en lien avec les arbres et en Irlande, le cercle sacré semble être ce qui structure l’Irlande en elle-même à savoir ses provinces.

Reste la question élémentale. Si la pratique du cercle fait toujours sens dans ma pratique, je me suis rendue compte que la pratique du cercle « sorcier » n’en faisait plus autant. En effet, les correspondances entre les directions et les éléments ne collaient pas à ma tradition où le feu n’est pas un élément qui se trouve sur le même plan que les autres.

La question du feu est épineuse. Dans la cosmologie celtique et vraisemblablement irlandaise, le monde est composé de trois royaumes, trois mondes : celui de la terre, de la mer et du ciel. Le feu ne fait parti de la cosmogonie dans le sens où il n’est pas à l’origine de la composition du monde ou des mondes. Dans la tradition hermétique héritée de l’antiquité, le feu, la terre l’eau et l’air sont ce qui est nécessaire à la création de toute chose. Ce n’est pas le cas dans les traditions celtiques. Calquer ces visions du monde dans un univers qui ne s’est pas construit sur les mêmes bases me semblait donc au mieux non pertinent au pire irrespectueux. J’ai donc décidé d’entreprendre la création d’un cercle de pratique (car la pratique me correspond et semble correspondre au cadre de ma pratique) mais sans le quatuor classique des éléments.

Pour cela, il a fallut déconstruire et reconstruire. Les éléments sont-ils utilisables ? La réponse est vraisemblablement non pour plusieurs raisons.

La première est que les trois royaumes sont au nombre de trois, ce qui semble rendre les choses compliquées car il semble impossible d’incorporer un système à quatre éléments là où ma tradition n’en compte que trois. La deuxième est que ces royaumes seraient plutôt vus de façon verticale. Ils coexistent mais ne structure pas l’espace cosmogonique de façon circulaire ou sphérique. Il manquait une construction plus horizontale que j’ai développé plus précisément précédemment.

J’ai donc cherché autour des provinces de l’Irlande mais aussi du côté des autres quatuors présents dans le Lore. J’ai alors redécouvert les quatre artefacts des Tuatha de Danann qui sont mis en correspondance avec un druide, une île et une direction. L’étude de l’étymologie des noms des druides et des îles permet de construire des correspondances de direction, de couleurs, de classe sociétale et de direction. Pour cela je me suis bien évidemment aidée de différents ouvrages parmi lesquels ceux de Daimler, O Hogain, les formations de la Irish Pagan School.

Pourquoi la nécessité de reconstruire un cercle de pratique plus en accord avec ma tradition ?

La question semble primordiale. Mes cercles faisant intervenir mes alliés irlandais et gaulois, il me semblait essentiel de construire un espace qui leur soit familier, qui leur correspond et surtout qui correspond à une certaine vision du monde qui était en vogue lorsque leur culte était le plus important et le plus suivi.

Il s’agit pour moi une question de respect et d’entretenir une relation convenable et honorable avec la terre, les esprits, les dieux des traditions dans lesquelles je me place. En effet le concept de « right relationship » chère à certains praticiens qui ont pu me permettre de me former est une question de souveraineté et de droiture qui n’est pas sans lien avec les arbres sacrés. De façon mystique, j’y vois surtout l’occasion de rectifier des pratiques colonisées pour éviter que la foudre vienne à frapper Dair, l’arbre qui structure le monde et le cercle. Il n’y a selon moi que la droiture de Dair, obtenue par une relation honorable  et respectueuse qui permette de plaire aux esprits. Le cercle se tient désormais droit et honorable, dans une référentiel qui résonne pleinement avec mes croyances, mes alliés et ma tradition.

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