Bienvenue dans le Sanctuaire virtuel de la Déesse irlandaise

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Extrait de journal – Son Omniprésence

[English version of the article available on the Instagram post quoted below]

Cet article est la version française d’un partage instagram . J’ai hésité à le partager ici ou sur mon site principal (sur le Seuil) qui accueille toutes les explorations avec les cartes et les Dieux, puis finalement, Morrigan s’est fait tellement insistante… me voici par ici. Je livre ce texte comme un extrait de cheminement. Un bilan de la période débordé par la présence de la Déesse.

Incroyable. Il y a certaines choses auxquelles on ne peut pas échapper quand on est spirit-worker. Pas que j’ai voulu Lui échapper particulièrement, mais quand j’ai pris un des prompts du challenge de Samhain de @memento_morrigan, je voulais méditer sur quelque chose de beaucoup plus large. La saison d’Automne est particulièrement coriace cette année pour moi. J’espère à chaque fois que cela ira mieux… mais faut croire que c’est le cycle. Je souhaitais m’offrir une petite pause dans mon emploi du temps chargé et matériellement entravé, pour faire un peu d’introspection. Où est-ce que j’en suis ? Comment je pourrais mieux organiser mes pratiques ? Je voulais rogner un peu d’espace pour faire de la place à quelque chose de différent : réfléchir sur le plan général, prendre quelques pas de recul plutôt que d’avoir le nez dans le guidon. Pour accompagner ce mouvement, j’avais choisi un jeu que j’utilise très peu et qui était resté depuis longtemps sur l’étagère. C’était une façon de multiplier les possibilités, de m’ouvrir à des énergies et à des surprises.

Évidemment Elle a débarqué. Son regard glacé et glaçant qui me transperce tourné vers moi. Le frôlement de ses plumes.

« Comment organiser mes pratiques ? » était le prompt du 4e jour du challenge des « Enfants de Samhain ». J’étais ouverte à tout. Recevoir un conseil, ou bien au contraire des reproches de la part des Esprits, n’importe quoi qui révèle un angle mort. Et aussi étonnant que cela puisse paraître je ne l’avais pas prévu. Cela a beau être logique qu’Elle ait débarqué en force, je m’attendais à autre chose. Mais non. Elle se tient là imparable en plein milieu du chemin. Elle prend toute la place. Il y a beaucoup de cartes dans un tarot évidemment (lol), il y avait du choix… mais non, les deux cartes que j’ai choisies, à deux endroits bien différents de mon arc de cartes étalé devant moi, sont deux cartes complètement hantées par Morrigan. Deux mois…. deux 8. Incroyable. Après le petit hoquet de surprise je ris jaune. L’énergie je la reconnais très bien… tranchante, et pleine de l’archétype de la guerrière. Après tout, cela fait longtemps que je n’ai plus de doute sur le fait que mon chemin de dévotion et de service en est imprégné.

La rudesse de la période se voit bien dans le 8 d’épées. Avec son monde de Nuit et d’Ombre, puis ses dangers qui rôdent. L’Aspect invisible de ma pratique toujours trop présent à mon goût. Du désincarné, des Ombres, des choses hors de vue et impalpables. Le 8 d’épées parle d’un chemin, ou d’une solution, qui demeure invisible voire caché. O combien de fois je suis frustrée d’avancer à l’aveuglette… les mains tendues dans le noir, à tester le sol sous mes pieds. J’ai beau obtenir des réponses avec les années, cette caractéristique fait partie intégrante de mon chemin de spirit-worker, et cela s’exprime aussi dans mon travail donc. Autant dans l’écriture, la création, que les services que je propose (et vais intensifier), leurs thématiques, leurs rythmes… ce qui n’est pas sans provoquer beaucoup d’angoisses étant donné le monde capitaliste dans lequel on vit, réglé comme du papier à musique (pour rester polie). C’est un chemin de foi, testée et renouvelée sans cesse : j’avance vers mes objectifs même quand je ne les vois pas, et que je sais que certains bords de la route sont des pièges réellement dangereux. Diligent practice and study are keys nous dit Barbara Moore (autrice du livre) : l’étude et la pratique assidues sont la clé. L’Esprit est ton arme.

Le 8 de bâtons lui se rapporte moins à un état introspectif et plus à une tension active vers un objectif. La nature ardente de la femme représentée me rappelle tellement Macha. Chevelure déchaînée dans le vent, sensation de mouvement, et pourtant totalement absorbée par son devoir. Dans l’attente du moment exact. Relâcher la tension. Tirer. On nous dit que les années d’entrainement derrière Elle peuvent constituer un socle pour asseoir sa confiance. Elle va réussir. Elle va atteindre sa cible. Le 8 de bâtons me parle de rythme. L’autrice décrit un moment qui est le résultat d’une accumulation et construction, mais dont la résolution se déroule en un instant. Cette flèche soudain relâchée ne peut pas ne pas me rappeler mon spirit-work. Mon chemin entier, ma pratique, sont construits selon une sorte de logique. Cela grandit depuis des années. J’avance les yeux bandés, et pourtant quand les éléments une fois réunis je suis capable de le reconnaître et d’agir immédiatement. Que cela soit par accident, à coups de circonstances extérieures, ou bien par des étapes soigneusement préparées, la même dynamique s’applique. Peut-être que cette carte apparaît pour me rappeler que même si je ne vois pas toujours le grand objectif, ou avec clarté, que j’avance dans le noir (le 8 d’épées), je suis quand même là à participer au grand schéma. Mes petites gestes, mes petites actions, mes petites prières…. toute pratique participe d’un grand ensemble et à la réalisation du but. Je peux m’atteler aux petites choses sur le bord du chemin tracé par les Esprits sans pour autant penser que ce sont « des riens ».

Jeu : Tarot of the Hidden Realm de Julia Jeffrey. (Traduit en français par « le Tarot du Royaume Caché »)


Espace Sacré de l’Equinoxe d’Automne

Comme vous le savez, les annonces sont passées essentiellement via l’infolettre et via les réseaux sociaux. Mais une fois n’est pas coutume, je me suis dit que vous seriez peut-être intéressé.e.s par un rappel sur le site du prochain espace sacré (informations sur le service ici), pas centré uniquement sur Morrigan, mais qui devrait pouvoir contenter beaucoup de monde. Je vous partage ici les visuels résumés.

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La roue de l’année dans la tradition irlandaise

Avertissement de Phronesis

Avant de poursuivre la lecture, voici un petit avertissement concernant la présence de réflexions concernant l’appropriation culturelle dans cet article. Ce genre de réflexions n’est pas confortable mais nécessaire. Il sera peut-être doublement surprenant et perturbant que la question de l’appropriation de la spiritualité irlandaise est un tabou total. Si vous ne vous sentez pas en état de vous sentir déstabilisé.e.s par ce genre de lecture, je vous conseille de ne pas continuer la lecture.

Cet article nous trotte en tête depuis quelques mois avec Valiel. En effet, nous aimerions apporter un éclairage francophone sur ce qu’est la « Roue de l’année » dans la tradition irlandaise et son lien à la roue de l’année dite sorcière.

Le but ici est de fournir des informations fiables issues de nos nombreuses recherches, ainsi que des contacts avec des natifs, et de vous inviter à mener une réflexion profonde et nécessaire sur votre roue de l’année, que vous soyez irlandisant.e.s ou pas.

Qu’est-ce que la Roue de l’année sorcière ?

La Roue de l’année sorcière est une roue du temps composée de 8 « sabbats », qui sont des fêtes supposément très anciennes appartenant aux traditions sorcières européennes.

Elle se compose ainsi :

  • Samhain est considéré comme le nouvel an des sorcières. On y fête le début de la saison dite sombre et on y pratique souvent des cultes ancestraux.
  • Yule : Le solstice d’hiver. On y fête souvent le repos de la terre et la lumière dans l’obscurité.
  • Imbolc : une fête de la lumière qui est sensée nous permettre de fêter le réveil de la Terre annonciateur du printemps qui arrive. On y fête la déesse Brighid
  • Ostara : la pâque païenne qui apporte avec elle les énergies de nouveau départ, de renaissance.
  • Beltane : La fête du 1er mai qui a pour but de célébrer la fertilité.
  • Litha : Le solstice d’été qui a pour but de fêter elle aussi la fertilité, l’énergie à son apogée mais aussi son déclin.
  • Lughnasadh : première fête des moissons, on y récolte l’abondance plantée à Ostara. On y fête le dieu Lugh.
  • Mabon : l’équinoxe d’automne qui sert à fêter le début de l’automne. On y fête le dieu Mabon.

Pourquoi cette roue ne me convient plus et pourquoi vous devriez mener une réflexion la concernant, que vous soyez irlandisant.e.s ou non ?

Quelques réflexions à mener : Cette roue de l’année est souvent fêtée par automatisme dès que l’on embrasse une foi païenne ou que l’on devienne pratiquant.e de la sorcellerie. Lorsque l’on souhaite commencer une pratique sorcière ou païenne, on tombe rapidement sur des livres présentant la roue de l’année comme une obligatoire, voire comme quelque chose d’historique et de traditionnel, du contenu en ligne qui présente des autels saisonniers tous plus witchy les uns que les autres. On s’engouffre, séduit.e par la beauté, l’esthétique et l’impression de faire ce qu’il faut pour pouvoir prétendre au titre de païen ou de sorcière. Cela provient souvent par la comparaison, phénomène induit en parti par les réseaux sociaux. Et pourtant, comme dans toute pratique, le questionnement vis-à-vis des automatismes me semble essentiel. La première question que je vous invite à vous poser est une question de cohérence vis-à-vis de vos propres croyances. Cela fait-il sens de fêter des dieux comme Brighid, ou Lugh, qui appartiennent à des folklores, des croyances voire même à des cultures vivantes ? Les connaissez-vous ? Les avez-vous intégrés dans vos pratiques dévotionnelles ? Car il ne s’agit pas de dieux oubliés, de fêtes si anciennes que l’on en aurait perdu toute trace. Le mot Lúnasa signifie encore le mois d’août en gaélique irlandais aujourd’hui. Ces fêtes sont encore extrêmement liées aux mythes de ces dieux (et pseudo dieu, coucou Mabon) ainsi qu’aux folklores régionaux (le plus souvent irlandais). Aussi, si ces éléments culturels ne font pas sens dans votre pratique pourquoi ne pas trouver un nom voire une date plus adaptée à vos croyances ? Si vous n’honorez pas ces divinités, pourquoi célébrez ces fêtes qui leur sont dédiées ? Si vous souhaitez conserver ces noms, ces traditions, pourquoi ?

Lorsque l’on affine nos pratiques païennes et polythéistes, nous arrivons de nouveau face à certains paradoxes, certaines incohérences. J’ai ainsi une connaissance qui, se rendant compte que son paganisme était égyptien, que son temps à elle, c’était les rythmes de crue et de décrue du Nil, s’est alors demandé pourquoi s’acharner à s’inscrire dans un cadre vaguement celtique. Outre le fait que ce cadre « celtique » est en réalité irlandais, pourquoi s’acharner à se conformer à ce cadre culturel si nos pratiques n’ont aucun rapport avec lui?

D’où vient la roue de l’année sorcière ?

La roue de l’année sorcière telle que nous la connaissons n’est pas ancienne. Elle n’est pas universelle et encore moins primordiale. En réalité, elle a été inventée par les courants de wicca anglaise et donc date de la moitié du XXème siècle. Cela ne signifie pas que les fêtes prises individuellement et de façon isolée n’ont pas d’origines anciennes, mais l’agencement des 8 fêtes tel que nous le connaissons aujourd’hui est une construction extrêmement moderne. La modernité en tant que telle n’est pas un problème. On peut pratiquer dans la modernité à partir d’éléments modernes. Mais avancer l’idée selon laquelle cette roue de l’année est une connaissance secrète et ancienne est malhonnête intellectuellement. C’est une reconstitution d’un système cyclique et unitaire fantasmé par les occultistes anglais du XIXe et XXe siècle et les fondateurs de la wicca qui souhaitaient rendre leurs croyances celtiques telles qu’on les imaginait à cette période largement influencée par le romantisme.

J’aimerais également attirer votre attention sur le fait que les festivals de Bealtaine, Imbolc Samhain et Lughnasadh sont des fêtes irlandaises dont l’orthographe, la prononciation et les significations symboliques ont été anglicisées et extraites et donc coupées de leur culture d’origine. Je ne ferai pas de longs exposés sur pourquoi cela relève de la colonisation mais pour faire bref : les anglais ont occupé, annexé l’Irlande, en plus d’avoir longtemps et activement œuvré à la disparition de la culture, des coutumes et de la langue irlandaise. Participer et promouvoir l’anglicisation de ces fêtes traditionnelles par l’orthographe, la signification ou l’extraction de ces festivals de leur culture c’est prolonger et continuer à œuvrer pour la disparition de ces coutumes ancestrales irlandaises et donc être dans une démarche colonialiste.

C’est pour cette raison qu’à titre personnel je suggère aux sorcières et païens non irlandisants d’adopter des noms de festivités détachés de tout contexte irlandais. Voici quelques exemples très simples :

  • Imbolc peut devenir la fête de la fonte des neiges
  • Lughnasadh peut devenir la fête des moissons
  • Bealtaine peut devenir la fête du premier mai.
  • Samhain peut devenir la fête des ancêtres

Conserver ces dénominations irlandaises sans les intégrer dans leur contexte tout en sachant qu’il s’agit d’appropriation culturelle devrait vous interroger sur vos intentions.

Et si nous sommes irlandisant.e.s, comment pouvons-nous faire ?

Je vais parler ici de la déconstruction puis de la reconstruction de la roue de l’année pour les personnes souhaitant se placer dans la tradition irlandaise.

La déconstruction

N’avez-vous jamais remarqué que certaines festivités faisaient doublon ? Qu’elles semblaient toutes plus ou moins se répéter ? Qui ici n’a jamais pu ressentir l’idée selon laquelle nous étions sans cesse en train de fêter l’abondance la fertilité, la mort et la naissance de façon répétitive ?

La raison est simple : la roue de l’année actuelle est en réalité une superposition des deux roues de l’année irlandaise. Dans l’Irlande pré-chrétienne, il est semblerait qu’un culte solaire ait existé bien que cette hypothèse soit débattue. Mais la présence de phénomènes solaires sur les sites sacrés irlandais peuvent nous permettre d’avancer cette hypothèse.Ce culte solaire reprend les équinoxes et les solstices de notre roue actuelle. L’autre roue qui fonctionne de façon indépendante de cette roue solaire est la roue dite des festivals du feu. Ces festivités sont quant à elles beaucoup plus folkloriques. Elles sont souvent encore fêtées de façon traditionnelle ou modernisées en Irlande et appartiennent donc encore à une tradition vivante. Il est donc capital de comprendre que ces fêtes ne sont pas forcément à reconstituer, mais qu’elles sont à adapter en se basant sur le folklore vivant pour éviter d’être dans une démarche appropriative.

Ces fêtes sont donc Imbolc (ou Imbolg), Bealtaine, Lùnasà et Samhain.

Ces deux roues sont donc entièrement distinctes et n’ont aucun rapport ou en tout cas n’ont pas la même symbolique. La première roue, celle du soleil, est une roue plus ancienne dont le culte n’a pas survécu dans le folklore.

La deuxième est en réalité la plus fêtée et celle qui est la plus liée à la mythologie et à un culte polythéiste.

La reconstruction

La roue solaire va se concentrer sur le mouvement ascendant et descendant du soleil là où la roue du feu va comporter les deux moments de liminalité sacrée : Bealtaine (le début de Sam, l’été et la fin de Gam, l’hiver) et Samhain (la fin de Sam et le début de Gam, l’hiver). Ces deux festivals sont à l’origine des concepts wiccans de « saison sombre » et « saison claire ». Ils sont les moments entre les voiles.

Imbolg est certes liée à la déesse Brigid mais également aux cultes de purification (guerriers mais aussi du foyer).

Lùnasà est une fête funéraire, liée au mythe de Tailtiu qui adopte Lugh (prononcé Toltchiou et Lou) et agricole (liée à la première récolte). C’est pour cette raison que les polythéistes irlandais considèrent souvent dans leur gnose personnelle que l’automne commence à Lùnasà et se termine à Samhain (début de Gam, l’hiver), même si l’automne est une saison qui n’existe pas dans la conception du monde irlandais pré-chrétien.

Les fêtes de la roue solaire ne possèdent pas de noms particuliers puisque nous n’avons aucunes traces, mais Lora O’Brien a reconstitué des noms en Gaeilge si vous souhaitez trouver des noms autres que Equinoxes et Solstices.

Guide de prononciation :

Bealtaine : Bialtèna

Lùnasà : Lounassa

Samhain : Sowen ou Sowine

Imbolc : Imbolc ou Imbolg

Pour aller plus loin l’article très complet de Lora O’Brien en anglais

Une vidéo ressource concernant la prononciation par Lora O’Brien

Les formations de la Irish Pagan School sur les différentes fêtes (Disponibles: Bealtaine, Lunasa et Imbolc)

Article coécrit Phronesis et Valiel

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