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Aspects et facettes

Questionner le mot « sorcière »

Un article qui à la base avait été écrit pour un podcast mais que je trouve intéressant de partager ici. Je me suis longtemps interrogée sur le mot « sorcière » et si aujourd’hui mon point de vue a changé sur la question, je pense qu’il peut être intéressant pour d’autres de trouver ce texte. Le français manque de mots. Je ne me dirais plus « witch » mais plutôt « sorceress ». Dans le deuxième mot, je perçois la connotation religieuse plus présente ainsi qu’une connotation plus communautaire. Là où la « witch » serait plutôt dans une cabane au fond des bois, la « sorceress » remplit une fonction auprès d’une tribu. Mais tout ceci provient bien probablement de mon imaginaire et ce que je vois dans les mots. En tout état de cause, je préfère le mot « sorceress » qui est aussi le mot traditionnellement utilisé pour qualifier la fonction de Morrigan et ses soeurs au sein des Tuatha de Danann.

Le mot sorcière fait débat depuis quelques temps déjà sur les réseaux et est source de nombreuses réflexions extrêmement intéressantes. Plus qu’une discussion où il faudrait trancher, je trouve qu’il est très intéressant de voir pointer, par le biais de ce mot, des questions d’ordre philosophique, politique et spirituel extrêmement riches.

Dès que l’on entame une discussion sur l’usage d’un mot, il est, à mon sens, primordial de ne pas oublier comment fonctionne le langage. Sans vouloir rentrer dans des considérations philosophiques bien trop complexes (pour cela j’invite à creuser avec des lectures des théories de Saussure et Wittgenstein), j’aimerais poser ici une citation de Bachelard non pas dans un but d’argument d’autorité mais bien comme piste à réfléchir : « Il faut avoir été deux pour nommer un ciel bleu, pour comprendre une aurore » extraite de la Préface à Je et Tu de Buber.

Dans cette citation finalement, nous retrouvons l’idée de langage comme rencontre et par conséquent inséparable d’un contrat implicite entre deux personnes sur le référentiel nécessaire à l’utilisation d’un mot en particulier qui serait porteur d’un même sens. Or aujourd’hui, avec le terme de « sorcière », cette rencontre se fait de moins en moins. Entre les sorcières féministes, les sorcières idéologiques, les sorcières spirituelles, les sorcières historiques et les sorcières fashion, il y a matière à discussion pour pouvoir à nouveau se rencontrer sur ce mot.

Il me semble dans un premier temps primordial de séparer la démarche historique de la démarche plus contemporaine. En effet, utiliser le mot sorcière, c’est porter avec ce mot son lourd héritage culturel.  Qui était les sorcières d’autrefois ? Je ne prétends pas retracer de manière exhaustive l’histoire du mot mais si je devais retracer rapidement une histoire du mot voilà ce que je dirais : A première vue, le mot « sorcière » est bien le féminin du mot « sorcier », en tout cas dans l’héritage linguistique latin. Il apparaît que la considération actuelle de faire de ce mot un mot neutre provienne d’un détournement de l’anglais où effectivement « witch » est neutre. Mais en français, ce n’est visiblement pas le cas. Dans l’Antiquité, c’était les jeteurs ou jeteuses de sorts mais également celleux qui  pratiquaient l’art de la prophétie, de la divination. Cependant, on retrouve également le terme de magiciens et de magiciennes à l’image de Circée et de Médée qui effectivement sont aujourd’hui mises sous la coupe du mot « sorcière » comme le témoigne la récente couverture du numéro Le Point qui est consacré au retour des sorcières.

Avec le Moyen Age et le catholicisme, le mot de sorcière et de sorcier désigne non pas une guérisseuse au bord de la forêt (même si peut être que ces personnes l’étaient) mais dans le référentiel commun du langage, ce mot désignait une personne ayant noué des liens étroits avec le diable, les démons…

D’ailleurs, c’est un terme finalement peu utilisé pour dire autre chose que cela et ce même au XVIIIème siècle où nous retrouvons ce terme dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert pour désigner soit un fou, soit une personne ayant pactisé avec le Diable. Dans les deux cas, ils y sont présentés comme des victimes des bûchers.

Les bûchers, parlons-en.

  Emblèmes de la chasse aux sorcières, ils furent utilisés dans le Moyen-Age tardif en France et jusque bien plus tard de façon un petit peu plus marginale. Il fallait alors distinguer sorcières et magiciens. Ces derniers, lettrés, n’étaient pas soumis aux mêmes risques que les femmes pauvres accusées de pratiquer la sorcellerie.  Je ne suis pas assez calée sur l’histoire de la chasse aux sorcières mais les récentes études historiques menées dans une perspective d’étude du genre tendent à montrer que les condamnées sont essentiellement des femmes. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas eu d’Hommes ou d’autres minorités. Mais la très grande majorité était des femmes. On peut alors parler de féminicide.

Pour moi il est très important de ne pas faire d’analogie entre : Les procès en sorcellerie ont concerné les femmes donc tous les pratiquants étaient et sont encore aujourd’hui des femmes. Cette interprétation est visible à la fois dans certains discours qui se prétendent féministes-spirituels et qui voudraient que cet élément historique soit une preuve de la non légitimité de tous les autres genres à pratiquer la sorcellerie. Il est également visible dans la communauté sorcière qui parfois se laisse aller à ce problème de logique qui voudrait que les féministes qui parlent de la sorcière HISTORIQUE soit un discours qu’elles destineraient aux pratiquants d’aujourd’hui dans une démarche d’invisibiliser les autres identités de genre.

Dans les deux cas, ce me semble être une mauvaise lecture soit de l’histoire, soit d’un discours.

Ceci m’amène donc à un sujet épineux, qui pour moi n’aurait pourtant pas à l’être si nous revenons à la notion de langage comme rencontre. Les mots sont source d’empowerment et de réappropriation d’un héritage culturel dans le cadre de multiples combats politiques.

J’aimerais ici faire une analogie, non pas pour dire que les finalités et les objectifs de ces deux combats sont similaires, mais bien pour réfléchir ensemble sur le pouvoir des mots porteurs d’une histoire lourde.

J’aimerais parler ici brièvement du concept de négritude porté entre autre par Césaire dans son œuvre (je vous invite à lire Cahier d’un Retour au Pays natal qui reste à ce jour un livre fondateur pour moi). La démarche de Césaire est d’utiliser le mot « nègre » de façon à se réapproprier une histoire, reprendre le pouvoir et de ne pas laisser ce mot aux mains des oppresseurs (je schématise pour essayer d’être claire pour tous). En utilisant ce mot dans un langage poétique, il se réapproprie un héritage culturel. Ce terme est parfois porteur d’un combat politique (bien que tout ceci soit soumis à débat).

Je perçois l’utilisation du mot sorcière par des féministes non pratiquantes de la même façon. Il s’agit, dans l’autorisation personnelle que l’on s’octroie à utiliser ce mot, de reprendre le pouvoir vis-à-vis de toute la charge négative que porte son histoire. Je le vois presque comme une démarche cathartique qui permet de s’engager d’un point de vue militant contre cette charge négative. Aussi cette démarche ne doit pas être minimisée ni niée. Pour autant, il faut rencontre. Aussi, certain.es pratiquant.es de l’Art se sont senti.es nié.es et invisibilisé.es lorsque certaines figures de proue de ce mouvement tendait à minimiser que « sorcière », aujourd’hui, c’est aussi pratiquer la sorcellerie, qui est également aujourd’hui dangereux dans énormément d’endroits du monde. La souffrance que véhicule ce monde n’est pas finie si l’on sort d’une vision occidentale.

Aussi, des réactions virulentes ont pu être observées des deux côtés : ce que j’appellerais les sorcières archétypales, celles qui se revendiquent de l’archétype dans un but d’empowerment et les sorcières pratiquantes qui quant à elles sont militantes ou non mais sont avant tout pratiquantes. Certaines niant la légitimité de se réclamer de la sorcière si on ne pratique pas (car le mot sorcière ne rencontre pas le mot sorcière des autres), les autres niant que le mot sorcière définit également des pratiquantes encore aujourd’hui et que ces pratiques ne sont pas finies ou passées.

Ce qui m’amène à un autre point : le problème de l’élitisme et de la validation.

J’ai pu remarquer ces derniers temps que beaucoup de personnes tentaient de trouver une définition du mot sorcière. En cela je trouve la démarche intéressante : qu’est-ce qu’une sorcière d’un point de vue historique ? Et aujourd’hui ?

Et pourtant des dérives ont pu apparaître : se placer comme légitime pour décréter qui peut se revendiquer ou non. Ceci est extrêmement problématique pour moi car au final, tout ceci relève de l’intime. Bien sûr, avec les réseaux sociaux et Internet, nous avons pu trouver des communautés riches et partager. Mais dans le fond : sommes-nous dans l’intimité de celleux se revendiquant sorcières ? Pouvons nous dire avec certitude que telles ou telles personnes a une pratique suffisante, rigoureuse, selon nos standards pour pouvoir se placer dans une démarche de validation ? Je vois ici la trace identitaire teintée d’élitisme qui voudrait que certains seraient plus à même que d’autres en raison d’une génétique (pour cette question je vous renvoie à Cathoutarot qui parle très bien de cette question de génétique : tout le monde cherche des ancêtres sorciers, mais qui ici a cherché des ancêtres ayant participé à l’inquisition ?)

Je pense qu’il faut se débarrasser de toute question identitaire lorsque l’on souhaite se mettre dans la position de personne validant les autres. Ce n’est ni une science, ni un discours où l’Absolu et la Vérité règne. Nous sommes bien plus proche de l’Art et nous pourrions alors faire un autre parallèle avec la question du statut de l’Artiste qui secoue les réflexions de philosophie esthétique depuis de nombreuses années : à partir de quand un objet peut être considéré comme de l’Art ? (Se renseigner sur la question du ready made pour celleux que ça intéresse.)

La question de l’identité devient alors intéressante car entre en jeu la consommation : une identité se construit autour de plusieurs facteurs et notamment des facteurs économiques : pour être une bonne sorcière, validée par la communauté sur instagram, je dois avoir le look, les objets et tout le decorum qui va avec. Et donc je dois acheter.

Là pour moi est vraiment le cœur du problème. Plutôt que de se questionner sur la question de la rencontre entre les sorcières pratiquantes et les sorcières que j’appelle archétypale, j’aimerais que nous nous rencontrions tous et toutes sur la problématique de la capitalisation de l’Art ou de l’archétype. Quelques minutes sur instagram ou sur facebook suffisent pour se rendre compte que le capitalisme est en train de s’emparer de notre besoin de validation, d’appartenance à une communauté pour vendre. Là est le fond du problème et je pense que nous sommes tous et toutes dans la rencontre vis-à-vis de cette thématique : La sorcière ne s’achète pas à coup de cristaux produits dans des conditions déplorables. La sorcière ne se mesure pas à la quantité de livres dans une bibliothèque jamais lus mais photographiés sur instagram. La sorcière ne se mesure pas à la quantité d’oracles et de tarots ou de followers. Ce ne sont pas ces éléments qui donnent une légitimité et une validation. J’ai pu observer ces derniers temps sur des produits empruntant dans une démarche capitaliste et commerciale- et donc non sincère- notre patrimoine culturel de pratiquants de l’occulte. Le manque de sincérité, les volontés cachées de récupération à des fins financières éhontées et à grande échelle pour servir les intérêts des personnes crachant sur notre communauté me révulsent.

Et donc, qu’est-ce qu’on fait ?

Je voudrais ici vous proposer non plus une réflexion qui tente d’être construite mais plus un élan du cœur. Pour moi (et je précise POUR MOI), une sorcière c’est quelqu’un qui s’engage sur cette voie avec sincérité que ce soit pour des raisons spirituelles ou militantes.
Aussi quand je peux voir des réactions négatives, une question me vient alors: cette colère que suscite ce questionnement ne met elle pas en lumière que l’on se revendique ou que l’on s’engage sur cette voie pour les mauvaises raisons? Identitaires, de conformisme vis à vis d’une mode ?

Qu’est-ce qu’une démarche sincère ? Ce n’est pas selon moi à mesurer au nombre de livres lus ou même au nombre d’année de pratique au compteur ou même à la façon dont on crie très fort. C’est une démarche viscérale qui vient des tripes et du cœur pour des raisons spirituelles et/ou militantes. C’est une philosophie de vie désintéressée, un regard original et sage sur le monde. Un regard parfois dur, exigeant et rigoureux. Un regard qui balaye la lumière la plus éclatante comme il balaye l’ombre la plus repoussante.
C’est un chemin initiatique au coeur de nous même et de ce qui nous entoure.

Tout ceci me mène à m’interroger sur la part psychologique et identitaire de ce mot: sorcière.
Et j’emprunterais les mots sages d’une femme que j’estime : il faut du temps pour dépasser les étiquettes et ne plus chercher à se définir. Je crois que j’en suis arrivée à cette étape de mon chemin en m’inspirant comme souvent de la sagesse des anciens qui eux, ne se définissaient pas. Dans ma campagne, on utilise l’eau pour bénir une maison. On accroche des grigris sans dire le mot talisman. On touche du bois quand on ne veut pas s’attirer la malchance. On utilise les saints du calendrier pour pleins de petits tracas du quotidien. Mais on ne se dit pas sorcière. Les anciens vivaient leur vie et puis c’est à peu près tout.

Phronesis, septembre 2019

Pour aller plus loin, je vous conseille la vidéo de Valiel faite à ce sujet : https://youtu.be/L0N75FJcne0

 


Retrouvons notre souveraineté individuelle et collective – Notes d’écoute

Notes d’écoute de l’excellent podcast « Floraisons« , que j’ai présenté sur le forum à la suite des demandes qui m’ont été faite au sujet de la lutte environnementale.

Je manque de temps long pour me poser, car une telle émission demande d’être vraiment présent pleinement, d’écouter attentivement, souvent plusieurs fois, et à mon avis de prendre des notes. Mais je trouve ça beaucoup trop important pour le laisser passer et pour attendre que j’ai l’entiereté du temps idéal que j’imagine pour l’écouter, ainsi que celui que j’aimerais passer à transcrire le texte, rapporter les idées, et les commenter… Donc je vais me contenter d’un tout petit article qui pointe deux trois choses qui ont retenu mon attention, un peu comme je l’ai déjà fait avec le format vidéo (fiches de synthèse des vidéo de Lora O’Brien, qui étaient des résumés par contre, pas des citations). Au pire, je me dis, je reviendrais avec le temps ajouter des éléments quand je peux.

L’épisode 5, donc, s’intitule « La radicalité est oligatoire ». Il est magnifique, bien que je n’ai pu que l’écouter en sessions fragmentées et distantes dans le temps. J’ai appris à me dire que « ça ne sert à rien de se presser », ça infuse en moi. L’invitée cette fois-ci est Isabelle Attard, ancienne députée écologiste qui explique extrêmement bien comment se passe l’arrivée à un statut politique, l’attraction du pouvoir, l’illusion de pouvoir jouer un rôle dans les structures en place, et son réveil imprévu à l’anarchisme. Ce qui est vraiment génial selon moi avec ce podcast, c’est que contrairement à beaucoup sur le lien que je vous ai donné dans le titre, on a accès à un petit résumé de la structure de l’épisode, à la présentation de l’invité(e), et ensuite à une présentation synthétique du contenu idéologique ou historique présenté (avec une bibliographie aussi). Alors ça ne remplace pas une transcription, mais c’est un gros atout d’avoir un support écrit en plus de la piste audio.

Nota : je ne suis pas aujourd’hui là pour promouvoir des idées politiques. Je cherche à vous donner des informations, des concepts, des idées, et des points de vue qui sont rattachés à la Souveraineté que l’on aborde en ce lieu sacré.

 

Thèmes que je retiens pour nous aujourd’hui : la perte du lien et la perte de la souveraineté.

[Autour des 38 min pour celles et ceux qui veulent retrouver le passage]

Idée 1 : L’anarchisme c’est retrouver du lien.

Comment redevenir maître de sa vie, de sa propre liberté ?

L’animateur : « Tout ça n’est pas possible sans démanteler les structures de domination qui existe malgré les prises de conscience personnelles, parce que nous on a beau prendre conscience de choses, on n’en reste pas moins dominé politiquement, par l’Etat, sa police, physiquement, économiquement, par le patronat, le capital, les relations. Et l’anarchie ce n’est pas seulement effectivement, une remise en question personnelle mais une remise en question des structures qui font qu’on est dans cet état. »

Isabelle : « C’est ça, de comprendre comment on en est arrivé là., de quelle façon on pourra en sortir. Et surtout, cela fait réaliser quelque chose qui fait mal, c’est qu’aujourd’hui on a perdu la solidarité. Et quand on revient sur les textes et la création finalement du mouvement anarchiste dans le monde entier, ce qui apparaît le plus (…) c’est la solidarité entre et les gens. Et ce qui m’attriste le plus aussi, c’est (…) de voir cette solidarité disparaître. Parce qu’on a tout fait pour qu’on soit dans un monde où l’individualisme règne. »

Idée 2 : Le vice de la pensée positive.

Ça n’est pas formulé exactement comme cela, Isabelle Attard ne prononce pas le terme de « pensée positive » qui a cours dans notre milieu spirituel. En revanche, elle parle de « psychologie positive » (qui pour moi a été importé chez nous via la mode du développement personnel, qui est devenue capitaliste) et ausi de « l’injonction au bonheur ». C’est cette dynamique là, le contenu qui est décrit, qui me fait trouver une correspondance exacte avec le problème du New Age et de toutes les spiritualités « positives » actuelles (dans leurs excès essentiellement, mais pas que).

Isabelle (suite) : « Et c’est très important pour moi de relier tout ça à ce qu’on appelle la psychologie positive, le fait d’inverser la pyramide de Maslow [ndt: la pyramide des besoins]. C’est à dire que, pour résumer, avant on avait [à la base des besoins] satisfaire nos besoins primaires, qu’on ait de quoi manger, un toit, (…) des vêtements, etc. de façon à avoir cette sécurité qui nous permet la réflexion, qui nous donne la capacité de remettre en cause un système. Parce que quand on n’a pas besoin de lutter pour se nourrir, c’est une première sécurité. Aujourd’hui, la pyramide de Maslow [est] inversée, puisqu’en premier on doit chercher le bonheur, on doit être heureux, c’est une injonction à être heureux. Et cette injonction [est] importante pour moi parce que finalement elle fait en sorte qu’on ne se regarde que le nombril, parce que nous sommes responsable de notre propre bonheur, si on n’est pas heureux c’est de notre faute. Et donc elle empêche toute remise en question [ndt: cad. toute lecture et analyse des systèmes de pouvoir], toute condamnation, toute lutte contre un patron autoritaire, contre un Etat autoritaire, contre un gouvernement qui ne fait pas son travail. Y a une inversion complète du rapport de force, c’est soi-même, soyons heureux, et si je critique je deviens une personne nuisible, parce que finalement je n’incarne pas le bonheur absolu, je ne souris pas tout le temps (…). Et c’est surtout une (…) injonction à rester seul chez soi, et à ne pas se regrouper avec d’autres, à la fois pour chercher de l’aide, pour se joindre à une lutte, pour défendre des opprimés etc. Tout ça est annihilé complètement. (…) Les conséquences de tout ça sont beaucoup plus dramatiques que ce que j’imaginais, sur l’isolement, sur le repli sur soi, et sur la non solidarité, et finalement on ne voit même plus qu’il y a une possibilité d’échapper au système actuel… »

Y a tellement d’expressions choisies qui retiennent mon attention, ça a été difficile de me retenir de souligner le texte partout pour vous montrer ce que je vois… Mais je me suis dit que cela gênerait la lecture. J’ai à peine mis quelques mots importants en italiques. En revanche, j’extraie une autre dérive qui vient réduire à néant la souveraineté personnelle et collective : « Si je critique je deviens une personne nuisible ». Le modèle qui nous a élevé, culturel d’abord, puis renforcé et broyé par le capitalisme, empêche la critique. Et la pensée positive vient complètement s’embarquer là-dedans. On n’a plus le droit de remettre en question, on n’a plus le droit d’être critique. Il faut tout accepter, tout le temps, et ne jamais « dépasser ». Pour moi c’est symptomatique du fait qu’on gobe tout ce qu’on nous dit, tout ce qu’on nous vend, etc, sans jamais juste observer clairement, analyser une chose. Dire qu’il y a du négatif n’est pas mauvais en soi, et ça n’enlève pas les choses qui ont été bien faites. Rien n’est tout noir ou tout blanc. Et côté développement personnel c’est vraiment encore plus malsain, car la pensée positive rejette la remise en question des comportements à la fois individuels et collectifs. Si on critique, cela veut dire qu’on projette. Impossible de pratiquer à une réelle remise en question. On nage en pleine transgression de la souveraineté des personnes, de leur liberté de penser. Cela revient à une injonction à « filer droit » autoritaire, totalitaire même (rejet de la dissension).

En résumé, voici que je vois : la « pensée positive » (notamment) brise les libertés et la Souveraineté individuelles, bride la vision, empêche de poser des questions, de critiquer, de remettre en question, et évacue toute forme de dissension. C’est presque une dérive totalitaire.

Voici pour ce premier fragment de l’émission. Je reviendrais si j’arrive à extraire d’autres passages.


Poème pour Macha

Un poème de Phro Nesis, qui nous invite à réfléchir à l’aspect « sauvage » de la Morrigan à travers son visage de Macha.

A titre personnel, j’y vois une forme de méditation et de louange de la puissance de vie de Macha. Ce texte mélange ainsi une ode guerrière au visage traditionnellement plutôt Souverain de Morrigan. (Dans les mythes, Macha n’est pas celle qui se bat sur les champs de bataille à proprement parler, mais plutôt celle qui, dans un mariage juste, accorde l’abondance souveraine. C’est plutôt un aspect de la Terre souveraine.)

Macha
Rouge comme les flammes que ton sang guerrier épuise
Rouge comme le soleil couchant sur ta Terre que tu défends ardemment.
Macha, gardienne de mes territoires secrets et intérieurs, fertiles et extérieur,
Tu es mon bouclier face à toutes les invasions.
Ta couleur est la trace indélébile de tes séjours dans l’Autre Monde d’où tu viens et où tu vas.
Dame nourricière tu nous apprends où chercher nos ressources et à réclamer ce qui nous est dû.
Pour survivre, jamais pas avidité, tu nous aides à devenir guerriers.
Que le soleil soit ta trace, de l’aube au couchant , de l’hiver au printemps.