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Shadow Work

Journal de prêtrise (2) – Réflexion sur le service

Je vais vous partager juste après le détail du service que je souhaite ouvrir le samedi pour le mois qui arrive, mais avec ce que j’ai entendu, lu, et vu, mes pensées roulent à fond la caisse, et je suis sans cesse plongée dans des méditations sur différents sujets.

(J’hésite à vous mettre ici une petite miniature pour représenter toute la série, car j’ai cru comprendre que certain.e.s préfèrent les articles avec une illustration)

Lire l’article en version pdf, police noire sur fond blanc.

Se livrer

Me voici donc d’abord pour ouvrir une deuxième entrée dans ce « journal de prêtrise » improvisé, dont le nom ne me plaît pas, dont ce que cela renvoie peut être problématique… Mais je n’ai pas le temps de méditer des heures juste pour un titre, juste pour avoir l’air pleine de recul et de sagesse, pour avoir l’air poétesse. C’est le fond qui compte, pas la forme. Comme depuis de nombreux mois, j’apprends à être imparfaite, à faire des erreurs aux yeux de tous, à expérimenter. Donc je ne bloque pas le flux d’écriture sous prétexte que ça n’est pas le bon titre ou la bonne catégorie ou que sais-je encore. Me voici pour faire ce que je peux, ce dont je suis capable : écrire. Et prendre une position qui m’est inconfortable pour travailler : être exposée, avec toutes mes imperfections, partir de mes failles et de mes ombres, et les présenter à tous.tes mes lecteurs.trices.

C’est une véritable surprise pour moi que dans ce moment bizarre et tendu cela refasse surface. En effet, cela faisait des années littéralement que je ne m’étais pas vraiment vidé les tripes sur mes espaces publics en publiant des extraits de journaux et de ce qui m’habite. Pas que cela soit non plus une écriture canalisée viscérale. Mais ce sont des réflexions hautement intimes à mon niveau. J’ai pourtant commencé avec cela, en 2009, « La Voie des Dieux », mon premier journal d’apprentie polythéiste et prêtresse – dont les archives ne sont plus accessibles (ceci dit, quand on regarde les vieux articles de l’Antre, qu’on m’a demandé de laisser en ligne malgré tout ce que je leur reproche, on y retrouve cette même façon d’écrire enthousiaste et souvent un peu fantasque, avec des connaissances et des termes maladroits, y compris des façons de pratiquer que je trouve totalement obsolètes aujourd’hui, voire irrespectueuses). Mais depuis la fin 2014 (il me semble) j’avais arrêté de poster des articles assez approfondis sur mes réflexions spirituelles ; j’ai arrêté de me livrer, de m’exposer.

Ce qui est d’autant plus troublant pour moi, cette reprise d’activité concerne en plus un sujet sur lequel, au final (quel comble), je ne me suis jamais vraiment exprimée : la prêtrise. En 2014 encore, je rejetais la charge, et je publie un témoignage de John Beckett « Not Her Priest » (je ne suis pas son prêtre). Et pourtant après cela, des serments ont été prêtés devant témoins. J’ai continué d’y réfléchir et d’agir plus que jamais. Et même avant, je l’ai cherchée longuement puisqu’on a pu me rencontrer en ligne comme cela au départ (formation de prêtrise celte en ligne, formation de prêtrise générique), donc ça n’était pas du tout un secret. Je l’ai étudiée, et je l’ai aussi pratiquée dans l’ombre ; mais pas que, ce site dévotionnel en est quand même la trace la plus précoce (2010) et continue (toujours en activité). Ce que je remarque, et cela m’est apparu d’autant plus fortement ces derniers jours que j’ai eu quelques retours et questions au sujet de mon précédent article, c’est qu’au final je n’ai jamais pris la parole pour définir clairement une prêtrise païenne, ou au minimum quelle prêtrise je pratique, etc. Et là, du jour au lendemain, me voilà à livrer mes méditations personnelles avec vous.

Mais malgré mes incompréhensions et mes réticences, cela m’apparaît au fur et à mesure avec une certaine logique : je ne suis pas là pour prêcher, pour donner des leçons ou même pour proposer de la théorie. Je pars de ce que je connais, donc de mon Être, de mon ressenti, de mes expériences. Je livre mes vulnérabilités.

Agir et réfléchir en temps de crise

Qu’est-ce que l’éthique d’un praticien spirituel ? Comment maintenir son éthique en temps de crise ? Comment gérer la pression extérieure (situation stressante) ? Comment gérer la pression spirituelle (interne, mais aussi de mes Alliés (externe)) ? Dois-je me précipiter pour aider ? Mais aider qui, aider comment ? Dois-je attendre que l’on vienne me trouver ? Les questions n’en finissent pas. Je me sens inutile et inadéquate. Peut-être qu’il aurait fallu se taire et faire silence. Peut-être que dans 2 mois je me rendrais compte que j’ai mal agi, que je me suis précipitée, que j’ai alimenté un flux que je réprouve. Je baigne dans des incertitudes. Pourtant la pression de faire est trop grande. Mon travail spirituel sera donc notamment de réaliser une grosse introspection sur cette pression. Quelle est-elle ? Quelle est sa nature ? A quoi elle correspond ? D’où vient-elle ? Est-ce qu’il s’agit d’un simple effet domino de stress ? Est-ce que je suis en capacité d’écrire en ce moment ? Est-ce que cette pression est interne ou externe ou les deux ? Est-ce que je suis capable de faire la différence ? Comment la réaliser ? Est-ce que la source est authentique ou floue ? Est-ce que mon ego s’est emballé ? Est-ce qu’il y a bien une pression spirituelle distincte ? Accepter que la réponse que j’ai trouvée pour l’instant est peut-être fausse et que je me trompe totalement… Accepter d’avoir l’air ridicule ou malvenue. Faire malgré tout.

Quel(s) service(s) spirituel(s) dans un contexte de pandémie ?

Nous sommes dans une situation du monde commun, un virus, qui se traite de façon médicale, sociale, sociétale. Que vient faire la spiritualité là-dedans, quelle place lui donner, quelle place ne pas prendre ? Il y a beaucoup de choses à remettre à plat de ce côté.

Déjà, le spirituel ne remplace pas le commun. Aucun service spirituel ne saurait se substituer à des actions dans le monde commun (des actions pratiques) : ce qui prime sur tout le reste, ce sont les recommandations des scientifiques et des médecins, et petit à petit (parce que oui, il est arrivé à la bourre après les autres) de l’Etat. C’est pour cela que la première chose que j’ai commencé à faire, ce fut de partager des informations sur la pandémie. Je voyais des choses que d’autres personnes ne semblaient pas voir (manque de temps, pas les mêmes sources d’informations, etc), alors il m’a semblé essentiel de chercher et de relayer. Entre le mercredi 11 mars, avant l’annonce du chef de l’État, et le lundi 16 mars, j’ai partagé des informations que j’ai trouvées sur la nécessité capitale de procéder à la distanciation sociale et donc à un isolement chez soi. J’ai lu des témoignages de journalistes, de scientifiques, de médecins, qui allaient tous dans le même sens au sujet de la situation en Italie, la gravité et la vitesse de la contagion, et du fonctionnement d’une épidémie pandémie (courbe exponentielle, et comment l’endiguer ; même si un article a été très critiqué, il n’était pas le seul à donner ce genre de conclusion) et des problèmes structurels d’accueil des malades (saturation et manque de moyens). Depuis le départ, depuis le 11 mars et l’annulation de mes propres voyages, rdvs, activités, il m’est apparu que la solution la plus efficace pour limiter tous les risques était l’isolement, et je l’ai recommandée (sur Instagram beaucoup, et aussi sur Facebook un peu) de suite. Malgré la peur d’être ridicule, malgré la peur d’être critiquée, d’avoir l’air parano etc. Les informations factuelles que j’ai trouvées m’ont paru fiables, et elles ont rejoint les gros warnings de mon intuition que je n’avais pas écoutés jusqu’à ce moment (j’en ai parlé dans mon premier article linké plus haut).

Ma position à l’heure actuelle n’a donc pas changé. Avant toute chose, il faut suivre les scientifiques et la communauté médicale, et puis le chef de l’Etat (en prenant soin de continuer à réfléchir, car il a annoncé les mesures trop tard, et il fait également plein de contradictions, je trouve que le maintien du vote était une aberration en regard de ce qu’il avait ordonné ; et même lundi soir, il a encore fait des déclarations contradictoires). Bref, en tout cas, protégez-vous et protégez les autres en restant chez vous. J’ai été sidérée des gens qui ont osé contredire ces règles et qui se sont déplacés partout dans les espaces publics, de rassemblement, et les transports en commun pour changer de lieu de « confinement » (le mot n’a même pas été prononcé). Mais c’est trop tard maintenant, on en paiera le prix et je n’y peux rien.

Dans cette situation très réelle donc, il y a énormément de dangers et d’enjeux non seulement locaux mais aussi sociaux. Les « services » à privilégier sont donc potentiellement très réels, très humains, très concrets. Trouver et soutenir les personnes fragiles (et pas juste les personnes âgées), les personnes précaires, les personnes isolées, les personnes racisées, les sans-abris… Le tissu de solidarité doit se jouer à ce nouveau-là, pas de façon virtuelle mais bien présentielle. A travers des actes, qui répondent à des besoins concrets très spécifiques, et pas des prières. Alors qu’est-ce que je fiche ici en ligne sur mes espaces de blog et autre ? Cela m’a fait me sentir coupable. Cela m’a fait me sentir complètement incohérente et vaine. Et puis les choses ont décanté, et je commence à dresser le tableau de quelques apprentissages. Je crois qu’il y a beaucoup d’Ombre là-dedans. Et j’en tente la déconstruction.

Accepter d’écrire en ce moment, c’est prendre mes contenus au sérieux. Accepter d’être autrice, créatrice, et prêtresse donc, posture de service religieux/spirituel. Rejeter tout cela pour courir dans vers des grands actes politiques et sociaux, c’était en partie nier la valeur intrinsèque à la création, qui est censée exister en tout temps d’ailleurs, pas juste maintenant. Or, ce qui est très révélateur, c’est que je suis capable de reconnaître l’immense valeur des artistes, auteurs.trices, et créateurs.trices, que je suis en ce moment. Je recherche ardemment leur travail, je cherche leurs œuvres pour me nourrir intérieurement. Mais j’érige des barrières et des classements, je ne me situe pas dans le même panier… Ombre te voilà. Il m’est apparu également un autre élément signifiant : en ce moment crucial de crise j’ai immédiatement pensé devoir me tourner vers autre chose que l’écriture et la création. Cela dresse non seulement une barrière entre les « vrais actes » de service et mon écriture, comme si mon écriture était moins que, mais cela dresse aussi une barrière entre mon écriture et d’autres types de service spirituels que je peux offrir. J’ai beau avoir commencé à identifier ce nœud fin 2018, après avoir fermé ma boutique Etsy, cela revient donc ici sur le devant de la scène pour me rappeler que je n’ai toujours pas fait la paix avec cela. A l’époque je me sentais déjà vaine de me dire que mes écrits sur les cartes allaient passer au premier plan, et que c’était censé aider des gens plus qu’en proposant mes tirages de cartes (que je pensais plus « réels », plus concrets). Écouter mes guides et fermer cette page de ma vie spirituelle (la boutique ayant été ouverte en consultation avec eux), c’était le premier pas vers la compréhension d’une autre façon de servir possible. Je n’avais clairement pas tout compris quand je l’ai fait, mais j’ai avancé à moitié à l’aveugle en leur faisant confiance.  En effet, cela faisait déjà de nombreuses années qu’On me disait d’écrire ; j’avais conscience, et en partie intégré, que tout ce que je produisais en ligne participait du service et des offrandes que je leur rendais. Une clé a été notamment qu’en 2014 j’avais ouvert un site spécial pour publier des écrits dévotionnels, qui forment la base du recueil que je travaille actuellement. C’est à ce moment-là que j’ai compris que mon « service d’écriture » dépassait largement le cadre de l’Antre de Morrigan – c’était plus facile d’accepter l’entretien de ce lieu, et son écriture, comme une offrande, alors que l’élargir au reste par contre, me posait une réelle difficulté.

Depuis une petite semaine donc, les réflexions s’enchaînent, je médite beaucoup, et j’éclaircis petit à petit ma vision et ma compréhension de mon cheminement, et de mon rôle de « servante » (difficile de débarrasser ce terme de sa connotation négative). Et j’ai déblayé du chemin encore une autre partie de mes propres Ombres.

Je suis sur un chemin perpétuel d’apprentissage vis à vis de la Morrigan, et clairement depuis plusieurs années j’explore la question de la Souveraineté sous toutes ses formes. Je lis, je m’informe, sur la question des Souverainetés individuelles et collectives, donc sur les questionnements politiques et sociaux très divers vis à vis de la « justice sociale ». A petits pas, je m’informe sur le queer, les lgtb+, le féminisme, les diverses formes de précarisations, le racisme, les combats indigènes, la grossophobie… C’est difficile pour moi de servir Morrigan sans me poser ses questions, et de continuer à écrire ici sans en aborder des morceaux. Je ne me sens pas assez formée, pas assez adéquate. J’ai eu beau ouvrir des brouillons sur des sujets qui me semblent cruciaux (la souveraineté du corps et notamment des femmes et les problèmes de violences médicales) je ne me sens pas légitime à publier mes réflexions. J’ai peur et je recule. Je me dis que c’est à d’autres de le faire. Et pourtant, en ne le faisant pas, je ressens un manque terrible dans le panorama que j’offre ici. Or justement, ces jours-ci, je me suis rendue compte d’une chose : je trouve les combats sur le terrain essentiels et nobles, je vois notamment mes confrères.soeurs des USA et d’Irlande agir en ce sens (directement des prêtresses païennes) mais aussi certaines sorcières en tout genre, et donc j’avais projeté qu’il était nécessaire que je fasse pareil. Ce dont je me suis aperçue, c’est que j’avais donc non seulement projetée une attente (faire X chose), mais aussi une hiérarchie de valeurs, et aussi dressé un joli autel à mon ego. Ce sont les émotions de surprise et de déception qu’ont mise sur la piste. C’est très facile de tomber dans le piège de la romantisation : Morrigan étant une divinité de la Guerre, il fallait donc être une guerrière moi aussi ; il fallait aller au front la crinière au vent. Être pompier, être soignant, être membre d’une association, … tout cela est plus évident. A mon niveau, il y avait d’autres façons de « fantasmer ». J’étais persuadée que j’allais être prise d’une canalisation prophétique, ou d’une canalisation de fureur comme cela m’a déjà été demandé par le passé. C’était beaucoup plus beau et noble de me mettre à écrire frénétiquement des odes à la colère, des odes pour le champ de bataille, de proposer une rituel guerrier collectif, … Mais ça n’est pas parce que c’est déjà arrivé que cela va se reproduire. Projection. Ce n’est pas parce que c’est plus éclatant que c’est nécessaire. Projection.

Ce n’est pas ça qu’on te demande ma fille. J’ai bien de la peur, de la colère, de la rage, du dégoût, mais ça n’est pas cela que je dois mettre en avant et partager. Il y a bien des idées, des actes très concrets à poser, mais lorsque j’ai voulu coucher les mots sur le papier on m’a dit « NON ». Je n’ai pas de conseils à donner, je ne dois pas me mettre dans cette posture-là. Les informations seront trouvables ailleurs, livrées par des personnes plus qualifiées. J’ai changé mon fusil d’épaules et j’ai voulu livrer mon propre partage, mais on m’a crié « NON » encore plus fort que précédemment. Ce que je fais à ce niveau dans ma vie personnelle ne doit pas être partagé non plus. Est-ce un tabou ? Est-ce une recommandation pour éviter tout phénomène de performance, de représentation ? La cause pour l’instant m’importait peu, je continuerai à travailler sur moi pour en trouver les réponses. Ce qui comptait c’était surtout d’écouter ce non. De changer encore mon fusil d’épaule.

Ici n’est pas le lieu pour cela, pas ma mission. Justement, contre mes propres attentes et préjugés, ça n’est pas ce qui m’a été demandé. Je n’aurais pas l’air souveraine, je n’aurais pas l’air guerrière. Je n’aurai pas l’air noble, je ne serai pas présentée en train de réaliser des actions plus urgentes. Je serai présente dans une fonction pas reluisante, dans des domaines qui ont l’air vains en ce moment : l’écriture et la religion / spiritualité. Je serai présente pas pour l’urgence, et pas pour la majorité non plus. Je sers après tout une toute petite partie de la population (les « païens », et même pas tous). Je serai peu lue, et mes lecteurs.trics ne seront pas tous touché.e.s par ce que j’écris. Beaucoup n’auront pas besoin de me lire en ce moment, et n’auront pas non plus besoin de la permanence que je vais ouvrir samedi. Ce que je vais proposer n’est pas essentiel, et donc en le proposant je prends le risque d’être inadéquate. Mais certain.e.s en ressentirons le besoin, et même si nous sommes 5, ma mission sera remplie. Il peut même y avoir une leçon si je suis toute seule samedi. Une grosse leçon d’humilité, et de faire le travail quoiqu’il arrive.

Conclusion

Je crois que je pourrais continuer encore un moment à réfléchir à ses Ombres, mais je vais m’arrêter là après cet article déjà long. En résumé, bien qu’il me semble essentiel de se battre sur le terrain, d’établir des solidarités dans le commun, sur mon chemin public actuellement ça n’est pas ce qui m’a été demandé. Il y a les besoins vitaux, les besoins de survie, manger, dormir, avoir un toit, et les besoins de santé… et il y a les besoins émotionnels et spirituels. Je ne vais soigner personne. Je ne vais pas combattre. Cela peut sembler complètement étrange ou futile de répondre en ce moment au spirituel, mais c’est là que mon rôle se joue. D’un côté, je vais donc continuer à créer. J’ajouterai probablement avec le temps des ressources à la banque que j’ai commencée, et surtout, je vais continuer à écrire et à créer du contenu ; c’est à dire continuer mon « simple » travail habituel. Traduire, compiler, écrire, tourner des vidéos. D’un autre côté, dans le service spirituel plus « direct » (?), on m’a demandé de créer des lieux et des initiatives. Il n’y aura pas de brouhaha autour, il n’y aura pas d’emphase. J’ai ouvert un premier espace de regroupement et de solidarité en ligne, je vous l’ai offert, et celles et ceux qui en trouveront le besoin viendront me trouver. Il n’a aucune prétention, il ne remplace pas toutes vos idées, toutes vos envies, il ne remplace pas vos proches et vos amis, vos réseaux plus urgents. C’est une opportunité, un lieu d’accueil, qui sera ouvert quoiqu’il arrive, comme un temple où vous pouvez passer si l’envie s’en fait ressentir.

Et samedi je vais donc vous ouvrir un deuxième espace, proprement spirituel cette fois-ci, pour répondre à ce besoin spécifique-là. Il ne remplace pas vos pratiques à la maison, il ne remplace pas le fait de communier avec votre coven, votre cercle, votre clairière… Mais il sera présent, il sera ouvert, pour vous accueillir si vous avez envie de retrouver d’autres personnes dans l’acte spirituel du recueillement. Nous ne sommes pas chrétiens, nous n’avons pas d’églises. Beaucoup diront que la nature est notre temple, mais tous n’auront pas la possibilité de s’y rendre. Et encore moins en groupe, puisque nous devons nous isoler les uns des autres. Donc pour celles et ceux qui auraient envie de prier à plusieurs et de discuter de paganisme, ce lieu sera là. Tout ceci demande pas mal de précisions, et je vais publier sous peu un article pour expliquer spécifiquement le principe de ce temple en ligne.


Est-il essentiel de travailler l’étude de l’ombre pour avoir une pratique aboutie ? Première synthèse sur le Shadow Work

(Notez : étude de l’ombre = shadow work)

Voici une question qui m’a été posée sur Instagram, et qui révèle, je crois, beaucoup de troubles autour de la question de l’Ombre. Ce qui est drôle c’est que lorsque j’ai commencé ces pratiques il y a 10 ans, on trouvait beaucoup de méditations guidées en ligne sur ce thème, cela me semblait connu et partagé par la grande majorité des païens (et on y trouvait quelques mises en garde malgré tout). En 2019, j’ai vu qu’il n’y avait pas forcément d’assise, ces pratiques que je pensais acquises (au mieux) ou accessibles en ligne (au pire) ont ressurgi comme si elles sortaient de nulle part et que c’était un phénomène totalement nouveau… Et donc en repartant de zéro. Or l’effet de mode a provoqué un emballement. On a eu l’impression (notez que j’utilise le mot « impression », parce que peut-être que ça n’était pas exact justement) que c’était partout à toutes les sauces, présenté comme le dernier bonbon à s’arracher. Il fallait absolument sauter à pieds joints dedans. Or certain(e)s s’en sont non seulement inquiété(e)s mais carrément offusqué(e)s. J’ai vu fleurir de façon absolument dévergondée un déferlement de violence dans les critiques. Même si je comprends la frustration, puisque je trouve également qu’il faut approcher ce sujet avec prudence (raison pour laquelle j’ai eu beau publier et traduire des méditations sur ce sujet en 2011, je n’ai jamais lancé le gros dossier que je voulais car j’avais peur que ça soit mal compris et que ça fasse des dégâts)… même si je comprends qu’on s’énerve sur l’inconséquence de certains, sur une prise de risque inconsidérée, je trouve que rajouter de l’huile sur le feu, balancer de la violence supplémentaire au problème déjà présent est extrêmement mal placé. Cela correspond justement au signe d’une Ombre non traitée. Je le dis platement, moi aussi il m’arrive de perdre mon calme sur certains sujets. Je suis entière, et on me voit frustrée ou triste ou râler sur mes pages. Mais je m’efforce de rester toujours polie vis à vis d’autrui. Si je dis des « flûte », des « merde », etc, ce sont des jurons qui ponctuent mes phrases, ce sont des génériques vis à vis de modes, pas de personnes. Jamais je ne dirais que quelqu’un *est* une merde, jamais je ne dirais à quelqu’un que c’est un con. Ça n’est pas juste. Je ne souhaite pas être traitée comme ça, donc je m’en abstiens. Ca n’est pas mérité, c’est totalement gratuit. Car même une violence qui permet d’obtenir un résultat escompté est mal placée ! Alors en plus quand ça n’est pas constructif, wtf? Chacun avance sur son cheminement, ce qui me semble important, c’est de se focaliser plutôt sur l’objectif : être bienveillant. Et oui, ça n’est pas une mince affaire tous les jours. A n’importe qui ça demande des efforts. Si les gens se sentent frustré ou en colère face à ces modes, pourquoi ? Parce que les gens se mettent en danger inutilement ? Donc, en fait, on se morfond sur de la souffrance inutile, on reproche aux gens de foncer tête dans le tas dans leurs blessures, parce qu’ils vont se faire mal, mais on leur rajoute du mal en les insultant ? Où est la logique ? Nous sommes là parce qu’on cherche à régler nos soucis. Il me semble logique de vouloir être respecté, et donc d’être respectueux. Y compris quand on se trompe et tombe dans des pièges. Tout le monde a le droit de faire des erreurs.

J’y pense, rendons à César. Une personne qui m’était totalement inconnue a justement réussi à mettre en mots les inquiétudes de beaucoup concernant le travail de l’ombre (et merci à Phro Nesis pour l’avoir relayée). Elle a expliqué calmement le problème qu’elle voyait, et mis en garde de façon bienveillante la dangerosité du phénomène qu’elle voyait. Il s’agit de _Fantome_, si elle passe par ici, je la remercie (je vous invite à cliquer sur le lien pour la lire). C’est elle qui a relancé sainement le débat, et c’est à la suite du partage de son petit post qu’un follower m’a écrit, et que je me suis décidée à écrire ici mes propres mots.

Est-il essentiel de travailler l’étude de l’ombre pour avoir une pratique aboutie ?

Ne voulant pas laisser la personne en plan, la réponse courte que j’ai d’abord envoyée fut celle-ci : « Alors, il y a plein de façons de répondre à cette question. Ca dépend de tes pratiques ? Quelle est la nature et la fonction de tes pratiques ? Sont-elles spirituelles ? Religieuses (païennes) ? Quel est ton but ? Communier avec le divin ?  Les pratiques de l’ombre sont une approche psychologique. C’est du développement personnel et psychologique. Se connaître mieux, et régler ses problèmes enfouis. Cela n’a pas vocation à entrer dans la spiritualité. C’est un chemin personnel (qui est mieux fait encadré par un professionnel de la santé), mais certaines personnes choisissent de l’approcher via la spiritualité.« 

Mais après l’avoir envoyée, impossible de m’en satisfaire. Pour faire simple je suis restée générique, mais il y a tellement de choses à préciser. Comment répondre à une question aussi vaste et multi-factorielle que celle-ci ? Tantôt c’est oui, tantôt c’est non, tout dépend. Comment on définit x ? et y ? et z ? J’avais commencé par ce message privé simple, et puis j’ai été hantée par toutes les idées qui m’ont traversées la tête dans les heures qui ont suivi. Quel est le contexte de cette personne pour qu’elle m’ait posé la question ? Et pour qu’elle l’ait formulé ainsi ? Quelles sont ses connaissances ? De quelle pratique parle-t-elle ? Comment lui donner un conseil qui LUI convient ? etc. J’ai trouvé que c’était particulièrement révélateur de la complexité du sujet, et de l’importance d’apporter de nombreuses nuances à tout niveaux. Alors je tente un petit article pour répondre à cette question, pour proposer un premier balisage. Il n’est ni définitif (il pourra être complété avec le temps), ni exhaustif (difficile d’être complet en si peu de place), ni péremptoire (n’a pas vocation à imposer une façon). La difficulté d’écrire un post ici, c’est que pour qu’il puisse parler au plus grand nombre, je vais être obligée de généraliser en partie, malgré les nuances. En conséquence cela pourra donner l’impression que je réalise une prescription, alors que cela n’est qu’un point de vue, une réflexion, une proposition.

Je vais essayer de procéder par tout petits morceaux pour expliquer ce que je vois. Je m’excuse par avance de la nature très chaotique de ce qui va suivre, c’est un sujet aux multiples ramifications et du coup je trouve ça particulièrement difficile de structurer de façon logique les idées.

1°) « Essentiel » + « aboutie ». Vous devez le sentir en le lisant, cette association de nom + adjectif dresse une hiérarchie, un ordre d’importances et de priorités. Le premier présupposé est que si le travail de l’ombre est déclaré essentiel, alors une pratique qui ne l’inclut pas serait moins bonne ou moins complète. Est-ce le cas ? Est-ce que ne pas travailler sur l’ombre fait de votre pratique une pratique incomplète et tronquée ? Eh bien, non, pas forcément. Voyons pourquoi (et ensuite on verra les cas où l’on peut répondre oui).

2°) Pour savoir si le travail de l’ombre est essentiel à une pratique, encore faut-il savoir de quelle pratique on parle, si l’on veut établir un lien logique entre les deux. De quoi s’agit-il, de sorcellerie ? de paganisme ? de polythéisme ? de spiritualité ? Sans savoir de quelle discipline on parle, c’est pratiquement impossible de répondre à cette question. Tout ce que je peux faire, c’est faire quelques suppositions et donner des pistes.

3°) Il me semble que pour répondre à nos questions, de façon générale (quel que soit le sujet), il faut toujours commencer par bien définir. Nommer, identifier, définir les choses. Si on ne sait pas de quoi on parle, comment est-ce qu’on jongle avec des concepts et des idées ? Comment est-ce qu’on construit par-dessus ? Donc je vais commencer par faire un micro rappel en définissant le « shadow work ». De quoi s’agit-il exactement, et qu’est-ce que ça vient faire dans nos pratiques ?

Voici une définition générique sur laquelle à peu près tout le monde tombe d’accord : le travail sombre, ou travail de l’ombre, consiste à regarder en face, à travailler avec, à dépasser tout ce qui se trouve « sous le tapis », ce que l’on ne veut pas voir. On approche ainsi nos peurs, nos « ombres », celles qui sont individuelles (notre vécu personnel) et celles qui sont collectives (inconscient collectif).

Voici une reformulation que je fais de la définition, dans laquelle j’ajoute aussi mon point de vue pour expliquer sur sa présence dans le neo-paganisme (selon moi donc) :
Ce qui me paraît révélateur, c’est que lorsque l’on mentionne le travail de l’ombre en ligne, les mots employés sont toujours assez flous, et plutôt poétiques par nature. On emploie des métaphores (ex: ce qui se trouve sous le tapis, ce qui est caché, etc), on parle de nos « peurs » au pluriel, ce qui les rend génériques et donc floues (perte d’individualité et d’identité), qui peuvent ainsi prendre n’importe quelle forme et nourrir des fantasmes. On parle de combat, d’affronter, de se dépasser… sans poser les mots concrets (ou très rarement) qui sont à l’origine de ce dont on est en train de parler. Pourquoi ? Mon impression (toute subjective) est que justement on parle du travail de l’ombre de façon détournée comme si l’on en avait peur. De quoi ont peur « les gens » (gros générique assez vilain) dans ce travail exactement ? Avec les années, j’ai développé l’hypothèse suivante le néo-paganisme, via la spiritualité, a « le cul entre deux chaises » : il veut aborder des sujets qui lui semblent très importants, mais il ne souhaite pas faire peur, il ne souhaite pas faire fuir, il ne souhaite pas être confondu avec autre chose qu’il n’est pas… et du coup il ne nomme pas, intégrant de cette façon la peur qu’il était censé rejeter. Or cela tient tout bêtement à la définition même du shadow work : le travail sur nos peurs, sur ce que l’on se cache, cela veut dire travailler avec nos traumatismes, nos problèmes refoulés (dénis ou autres), nos névroses etc. Cela ne veut pas dire qu’on est tous des fous, cela veut juste dire que nous sommes des hommes qui par définition souffrons, et que nous souhaitons regarder et traiter cette souffrance. Vous le saviez peut-être, ou l’aviez compris sans le nommer clairement, mais j’espère qu’en voyant les termes mentionnés cela sera clair : le travail de l’Ombre est par définition psychologique. Or je crois qu’il y a une grande ère de rejet du psychologique en France, et dans le neo-paganisme. On est des païens, des êtres spirituels, on veut s’élever, on préfère parler de sens et d’âme, on n’est pas là pour faire une thérapie… et pourtant, on voit bien que le travail de l’Ombre est important. L’auteur que l’on va chercher est emblématique : on se tourne vers Jung dont viennent les concepts d’Ombre et d’inconscient collectif. Sauf que lorsqu’on le fait, on préfère se pencher sur les facettes romantiques de Jung : sa figure d’écrivain-poète, de visionnaire et de mystique (le Jung qui fait des rêves lucides, des mandalas, des dessins canalisés dans ses manuscrits), plutôt que sa formation de psychanalyste (bouh la psychanalyse, bouh Freud). On sélectionne ce qui nous arrange dans sa biographie, et on forcit le trait, on occulte ce qui nous gêne. Mais les faits sont bien là : dans les termes que l’on choisit, et ceux que l’on refuse d’utiliser, il y a des conséquences, il y a du sens.

Cette dynamique n’a fait qu’être renforcée par le courant capitaliste New Age…. Encore une note : je désigne par là non pas certaines croyances spécifiques (ex: les Enfants Indigos ; croyez-y si ça vous chante, vous êtes libres), mais le mouvement de sur-consommation et de marketing qui a envahit l’industrie du livre notamment. Je ne parle pas des individus dans leurs foyers qui choisissent de croire en certaines choses, mais je parle des individus qui dirigent de vastes structures capitalistes, qui sont responsables des politiques éditoriales et donc de production de produits et contenus (sans sérieux intellectuel, culturel, spirituel, avec de l’appropriation, etc). Bref, c’est un vaste sujet pour un autre lieu. Reprenons. Cette dynamique de flou sur la nature du shadow work est renforcée par le capitalisme New Age, pourquoi ? Ce que j’ai cru observer (et, donc, je ne détiens pas la vérité, c’est une hypothèse) c’est que les rayons des libraires ont opéré ce même mouvement, ce même glissement sémantique, je me demande si le problème ne prend pas son origine là. On a voulu s’émanciper, se libérer, aller mieux… (on songe à mai 68 et à l’ère « hippie »?) mais on a voulu sortir des figures d’autorité et des structures. La psychanalyse a tendance à nous rappeler la figure du père et d’autorité (Freud) et le patriarcat qui étudie les femmes « hystériques »… Dans l’ère moderne, on cherche à être autonome, à se débrouiller tout seul (le paradoxe c’est qu’on rejette le psy, mais on cherche à avaler les mots d’autrui dans des livres… bref). On souhaite réveiller son âme, son esprit, son être, tout dépend de ce en quoi l’on croit. Le concept de « développement personnel » me semble répondre à ce besoin, et les rayons de libraire s’adaptent. On veut de la liberté, de la libération, du positif, du joli. On ne veut pas de carcans, des modèles et de règles, des chose négatives etc. On dit « Ombre » plutôt que peur, parce que c’est poétique et joli. Ombre plutôt que refoulement ou trauma. J’ai toujours trouvé qu’il y avait ce flou entre spiritualité et psychologie / développement personnel. Beaucoup de gens prennent leur spiritualité (et leur neo-paganisme) comme un moyen de se guérir, à plein de niveaux c’est très problématique (mais c’est une question de définition et de précision, ça peut être une option, mais c’est encore une autre sujet). A l’inverse, le néo-paganisme, justement parce qu’il n’est pas psychologie, a dû vouloir se détacher des termes qui ne sont pas de sa discipline. C’est une autre raison qui pourrait expliquer le rejet et le flou sur le vocabulaire. Pour éviter de prétendre à ce qu’il n’est pas, et qui demeure une forme de médecine (le psychologue est un médecin de l’esprit et des émotions). Or on a quand même tendance à respecter le caractère professionnel des choses, même de loin, donc pour éviter tout exercice illégal de la médecine… il faut d’autres outils et d’autres termes. D’où le poétique ? C’est une possibilité. Mais j’ai commencé par dénoncer l’Ombre inhérente à ce processus.

Le travail de l’Ombre est donc par définition un travail psychologique. Le souci c’est de le nier, ou de le camoufler avec d’autres termes, parce que comme l’a exprimé Fantome (et comme essaient de l’exprimer de façon plus maladroite ou violente d’autres personnes) cela peut faire des dégâts. « Affronter une Ombre » cela n’est pas un joli combat métaphorique, c’est quelque chose de très réel : aller regarder en face des relations familiales toxiques, des abus, un harcèlement, si on les avait précisément « enfouis » (processus de refoulement qui rejette hors du conscient les événements et émotions, etc, en gros), c’est que cela nous faisait peur et/ou souffrir. C’était un mécanisme réflexe de défense. Or par définition, le travail sombre c’est plonger à pieds joints dans sa souffrance. C’est plonger à pieds joints dans quelque chose que l’on n’a pas voulu regarder pendant une période donnée, parfois très longue ; sachant que les textes et l’expérience disent que souvent moins on l’a regardé, plus ce quelque chose a pris de la force. Relever le couvercle ? Cela peut être prodigieusement explosif. Cela peut causer des terreurs (ptsd, attaques de panique, etc), et donc des déferlements physiques dans votre corps en plus des souvenirs émotionnels. Comment vous allez réceptionner ce flot énorme ? Êtes-vous en état de le faire ? Avez-vous le temps, l’énergie, le réseau de soutien autour de vous pour cela ? Comment allez-vous gérer ce qui peut se révéler, sachant qu’il y a toujours une part d’imprévu ? Ce qui peut être « simplement » très perturbant pour certains peut être dramatique pour d’autres, peut les couler dans leur quotidien ou leur travail. C’est ce qui a rendu impatient(e)s certain(e)s face à cette mode d’aller travailler son ombre comme on va faire ses courses l’année passée : pourquoi enjoliver quelque chose d’aussi dur ? Pourquoi l’encourager tellement ? Où sont les mises en garde ? Pourquoi se retrouver seul chez soi et se lancer à corps perdu dans un travail psychologique qui se faisait jusqu’ici toujours accompagné d’un professionnel de la santé ?

C’est un long laïus, je sais. Je m’en excuse pour les gens qui trouvent ça trop éloigné de la question. Revenons-y maintenant justement.

4°) Après avoir vu ces morceaux de définitions, reposons-nous la question, et j’espère que vous la verrez sous un nouvel angle : « Est-il essentiel de travailler l’étude de l’ombre pour avoir une pratique aboutie ? » Quel rapport y a-t-il entre une pratique d’introspection psychologique et une pratique magique / païenne / sorcière / spirituelle ? En regardant par un angle du prisme il n’y en a aucun. Ce sont des disciplines différentes avec des objectifs différents, qui ne se recoupent pas. Cas exemple numéro 1 : en tant que païen et/ou polythéiste, en quoi honorer des divinités (des entités) a-t-il à voir avec les peurs cachées dans l’inconscient psychologique ? Je travaille sur moi d’un côté, j’honore les Dieux de l’autre. Mais, cas exemple numéro 2 : pour d’autres, pour des personnes plus « spirituelles » au sens large (que religieux), il peut y avoir un lien. Certaines peuvent voir les Dieux comme des énergies ou même juste des archétypes vides, des concepts à utiliser, et mélanger le travail sur eux-mêmes avec un travail dit « avec les Dieux » (je mets des guillemets, car cela n’a rien à avoir avec la définition des « Dieux » pour d’autres). Cela a de la logique pour eux car ils mettent tout mettre sur le même plan de conscience (dans la mental par ex), et travaillent de façon générale au développement de leur « Être » (spiritualité comme recherche de sens, de l’esprit, ou de l’âme). C’est une partie de la définition générale de spiritualité ; ainsi, le travail consiste en la connaissance de soi, au développement de la conscience, donc à travailler avec son environnement, de façon panthéiste ou païenne, et puis sur ses peurs cachées, pour justement « avancer en conscience ».

Se demander s’il y a un lien entre spiritualité / pratiques et psychologie (travail de l’Ombre) revient à interroger à la façon la nature et la fonction de nos « pratiques » (et croyances en fait, cela va avec). Qu’est-ce qu’une spiritualité ? On peut prendre des dictionnaires, des encyclopédies, puis quelques livres, pour établir une définition générique. Ensuite c’est à chacun de se demander : qu’est-ce qu’une spiritualité pour moi ? Qu’est-ce que le paganisme ? Qu’est-ce que mon paganisme ? Est-ce que mon paganisme est une spiritualité, ou une religion ? Ou même les deux ? Pour quelles raisons ai-je choisi ces croyances et ces pratiques ? Quels buts remplissent-elles ? Suis-je là pour une quête de sens, une quête d’infini, une quête de divin, de connexion, de communion, de développement personnel, de connaissance de moi, de conscience, de guérison ? Le tout est de bien baliser le terrain, d’être au clair. De savoir que même si ma spiritualité est à la fois païenne, à la fois « spirituelle » et que j’y inclus du travail « sur moi », donc psychologique,de savoir que spiritualité =/= psychologie (spiritualité n’est pas égal à psychologie).

Voilà pourquoi je trouve que la question qu’on m’a posé est très importante, très révélatrice, et aussi très compliquée. On peut vouloir travailler sa psychologie (affronter ses peurs, ses traumas, ses névroses) dans la sphère ordinaire, dans des séminaires / conférences / ateliers ou avec un professionnel (rdv privé), mais on peut aussi vouloir travailler sa psychologie avec d’autres moyens. On emploiera ainsi des méthodes différentes tout en visant le même objectif. Un exemple clé dans notre milieu depuis plus de 10 ans maintenant est l’Art thérapie. On peut l’employer pour affronter des choses difficiles, de l’ordre du psychologique, tout en étant pas dans le cadre d’un face à face avec un thérapeute (lorsqu’il s’agit d’un atelier de groupe, ou d’un travail en solo avec un livre; car il existe aussi des séances d’art thérapie en solo avec un professionnel, et là on retombe sur le face à face classique). J’ai lu un nombre incalculable de fois des témoignages de néo-païens qui avaient de chercher une forme de guérison dans le paganisme. Cela m’a rendu totalement confuse pendant des années. Bien que j’y trouve encore des problèmes (pour des raisons spécifiques, mais c’est très difficile à articuler de façon nuancée et pas maladroite dans un article), j’apprends aussi à me dire que cela demeure une possibilité. Je n’ai pas fait ce choix-là, mais c’est une option. De la même façon que je suis bien obligée d’être rationnelle et d’accepter que tout le monde ne va pas voir un thérapeute (psy-) quand il est dans une grande détresse. Plein de gens passent une vie à se débrouiller tout seul avec leur souffrance. Parfois aussi, je me rends compte que les concepts, les domaines, peuvent devenir flou. Mettre les choses dans des boîtes cela a ces limites. Ex: quand on travaille avec des divinités, même quand on les considère comme des entités, on est au minimum confronté à de l’inconscient collectif. Ex: que faire des divinités masculines qui ont une histoire pétrie de récits de viol ? Comment travailler sur ces phénomènes et cette notion à notre époque ? Ex2: comment travailler sur la notion de « pouvoir » en sorcellerie ou en magie ? qu’est-ce que le pouvoir, qu’est-ce que cela veut dire ? Comment évacuer les rapports de domination, et les notions d’abus dans le mot « pouvoir » ? L’Ombre est aussi collective et culturelle. L’Ombre même d’abord collective peut se dédoubler de notre vécu personnel. Ex: qu’est-ce qu’une divinité « généreuse » ou « gentille » ou « chaleureuse » ? Qu’est-ce qu’une divinité manipulatrice et menteuse ? Le cas le plus connu dans la sphère des années 2009-2015 étant Loki, cela a déchaîné les passions à un moment. Je pense que l’important c’est de faire de son mieux est d’être souple. Viser de la clarté, tout en sachant qu’on ne peut pas toujours bien distinguer. Identifier des pôles, en sachant qu’ils vont peut-être se mélanger à un moment. Mais au moins, j’ai fait un travail de reconnaissance avant, en identifiant bien ce que je fais (les disciplines, méthodes, outils, définitions avec lesquelles je travaille).

Notez d’ailleurs à ce sujet encore un cas qui vient compliquer l’exemple qui a été exposé. C’est le mien, mais également celui de plusieurs personnes autour de moi, comme on me l’a rappelé avant la publication de cet article. Nous sommes des polythéistes stricts (hard polytheist), nous voyons les Dieux comme des Entités externes et « réelles », et notre travail a une nature religieuse. Pourtant, même si on avait voulu séparer le travail de l’ombre de celui du divin, nous n’aurions pas pu. Les Dieux nous ont mis directement le nez dans l’Ombre (dans le caca diront certain(e)s) directement après les avoir connus. En ce qui me concerne, c’est Morrigan qui a procédé ainsi. Elle m’a fait passer par tout un tas de chemins et d’épreuves psychologiques dès le départ – dès notre première rencontre d’ailleurs. Elle a exigé que je regarde mes peurs. Donc même si je n’étais ni venue au polythéisme par recherche de guérison personnelle, ni même en quête de développement (mais uniquement par croyance et dévotion), et que je voulais garder mes catégories bien étanches et distinctes… Eh ben, non, dans les faits ça ne s’est pas passé comme ça. J’ai été poussée à travailler sur mon Être y compris dans mon cheminement religieux, et pas juste en dehors.

5°) Tentative de conclusion.

Alors, après avoir vu plusieurs définitions et approches, regardons à nouveau la question. Est-ce essentiel de travailler sur l’Ombre ? Oui, et non à la fois. Cela dépend de où on se place, de où l’on regarde.

Si l’on veut être en pleine connaissance de soi et en pleine conscience, cela semble nécessaire.  Si l’on veut éviter de tomber dans certains pièges, d’imposer ses idées aux autres, de travailler avec des visions fantasmées de personnes / artistes / maîtres / concepts, … cela semble nécessaire. Mais est-ce que c’est nécessaire en tant que personne, ou en tant que praticien ? Ou les deux ? Puis, est-ce le bon moment pour le faire ? Est-ce que l’on va réussir à le faire de façon constructive ? A accompagner les peurs sans les renforcer, ou sans créer de nouveau trauma ? Est-ce qu’on devrait avoir honte si on n’est pas encore prêt ? (spoiler, la réponse est non) Avec le temps, je regarde aussi un tas de personnes qui vivent de façon totalement automatique dans leur vie. Qui ont conscience de ce qu’ils souhaitent, tout en refoulant tout le reste qui les dérange. Sont-ils fonctionnels ? Qui sommes-nous pour décider s’ils le sont ? Avant je jugeais clairement beaucoup trop. Aujourd’hui j’essaie de prendre du recul. Chacun ne fait-il pas ce qu’il/elle peut ? C’est un choix de vie, d’avancer ainsi avec des œillères. Parfois c’est plus facile. Parfois c’est au-delà, c’est carrément nécessaire (je rappelle que le processus de refoulement est un réflexe de protection face à la souffrance ; dans le cas des traumas, c’est une question de survie pour ne pas s’annihiler complètement). Dans notre milieu néo-païen et spirituel, on a quand même commencé à accepter l’idée depuis des années qu’on doit laisser tranquille une personne qui ne veut pas être aidée. C’est une question de respect de sa souveraineté. Après tout, n’en est-il pas de même pour la question de l’Ombre ? Bien qu’on vise tous à être la meilleure version de nous-mêmes, qu’on voudrait tous être pleinement conscients, pleinement équilibrés psychologiquement, et sereins, est-ce qu’on ne doit pas aussi du respect à la personne qui n’arrive pas à regarder ses problèmes ? Qui a des problèmes mais qui souhaitent les régler en dehors d’une séance de thérapie ? (parce qu’elle n’a pas les moyens, parce qu’elle a déjà eu de mauvaises expériences, parce qu’elle n’est pas à l’aise avec l’idée…)

Je terminerai en revenant encore à la façon dont la question a été posée, et à ses présupposés : qu’est-ce qu’une « pratique aboutie » ? Est-ce qu’il faut atteindre un niveau ? Est-ce qu’il y a des pré-requis ? Une liste de caractéristiques à atteindre ? Est-ce que ce sont des phénomènes extérieurs observables ? Est-ce que ce sont des choses intérieures ? Une façon d’être un ressenti ? Qui décide si votre pratique est aboutie ou pas ? Quelqu’un d’autre, ou vous-mêmes ? Quels sont vos critères à vous ? Une de mes lectures m’interpellait sur ce sujet. Après tout, est-ce qu’une pratique peut être « finie », ayant un début, un chemin, et une fin ? Est-ce qu’on peut seulement « terminer » une pratique ? Ou bien est-ce que cela n’est pas un chemin continu, ouvert, qui ne s’arrête jamais ?


Nouvelle catégorie : le Travail de l’Ombre

Note préliminaire :

Le travail avec de l’Ombre, ou « travail sombre » (shadow work) est un travail totalement moderne, qui n’a rien d’historique. Il a émergé dans le néo-paganisme en lien notamment avec la wicca, qui conçoit les dieux dans un cadre non polythéiste, mais archétypal. Cela prend racine dans les courants de pensée du début du 20e siècle : la prégnance du concept d’archétype, la question de l’inconscient (notamment collectif), et du « sombre » ou de nos « ombres ». Ces concepts sont tirés des travaux du psychiatre et psychologue Carl Jung. Pourquoi aurait-il sa place ici sur le site de l’Antre ? Il demeure que beaucoup de païens et polythéistes modernes ont été encouragés, soit directement par la Déesse Morrigan, soit à son contact, à réaliser effectivement un travail sur leurs peurs profondes et leurs « Ombres » jungiennes. C’est notamment mon cas. Il était un peu temps que j’ouvre une section à ce propos sur l’Antre. L’idée sera de rassembler ici toutes les ressources sur ce thème : définitions, méditations, inspirations, rituels, essais…

Exemples de traductions prévues :

Dans cette catégorie je posterai également la synthèse d’une vidéo d’Iria Del sur l’Alchimie. Ca fait des mois que j’ai commencé, mais c’était fastidieux, je n’ai pas terminé…. En fait je voulais entamer cette catégorie avec ce texte-là, mais du coup j’ai pris du retard. Je voudrais, dans l’idéal, le compléter par un article qui explique pourquoi cette vidéo a pour moi sa place sur le site de l’Antre justement, définir le shadow work, parler de ce qui m’est arrivé et de mes pratiques en ce sens.

Pour rappel, si vous avez des questions à ce sujet, ou des ressources que vous avez repérées mais qui ne vous sont pas totalement accessibles (langue anglaise), n’hésitez pas à me contacter pour qu’on agrandisse le projets autour de vos envies / besoins.