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Visages de Morrigan dans les mythes

Qui est la Morrigan ?

La Morrigan est une divinité irlandaise complexe et multiple. Dotée de la caractéristique d’être une change-forme, le « visage » qu’Elle présente n’est jamais fixe et peut varier d’un.e dévot.e à un.e autre, selon le travail que vous réalisez avec Elle et selon le type de relation que vous entretenez avec Elle.

“Battle Cry” – Peinture d’Erin Kusik.

Son nom recouvre majoritairement deux significations distinctes, en fonction des deux hypothèses les plus répandues en matière d’étymologie :

  • An Mórrígan : La Grande Reine
  • An Morrígan : La Reine fantôme

Qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre des étymologies son titre de reine semble primordial et la rattache à la question de la Souveraineté. Tantôt sous la forme d’un corbeau survolant les champs de bataille, tantôt directement au cœur du combat, galvanisant ou tétanisant les guerriers par son cri, Elle est une déesse à la fois de la guerre et de la bataille (on reviendra sur cette distinction).

L’un des points théologiques les plus complexes la concernant est la question de son unité et de sa multiplicité. Elle est tantôt présentée comme une triade de sœurs, Morrigan, Badb et Macha, les filles d’Ernmas, que l’on désigne comme « Na Morrigna ». Tantôt Elle est présentée comme une déesse unique pouvant changer de « visage » et d’attributs devenant ainsi Macha, Badb, Anu ou Nemain. Est-elle unique ? Est-elle multiple ? Son nom est-il un titre ? Sont-elles des sœurs ou bien des « aspects » ? Autant de questions qui finissent toujours par se poser au sein d’un chemin de dévotion et dont la réponse ne peut vous être imposée.

Ne pouvant trancher et imposer une vérité quant à cette question à laquelle la mythologie ne peut répondre, nous nous contenterons de vous présenter les différentes attributions des visages/sœurs de façon synthétique.

La Triade

Morrigu est le visage de la guerre, des techniques de combat à la fois physique (armes) et magiques (enchantements) ainsi que de stratégie (rafles des vaches). Son rattachement aux vaches comme biens précieux et liés à la terre, mais aussi l’influence qu’elle porte sur les guerres, et donc les rois, en font par dérivation une Déesse de la Souveraineté.

Macha est le visage de la plaine, bien qu’elle soit aussi associée aux guerriers. Elle est une figure de la Souveraineté pour plusieurs raisons : initiatrice d’une lignée ancestrale, associée au cheval, vengeresse pour protéger la Terre. Elle existe bien dans notre monde bien que son ascendance et son association au cheval la dote de caractéristiques provenant de l’Autre Monde.

Badb, quant à Elle, est le visage de la Bataille dans un double aspect : la corneille prophétique (prophétesse ou lavandière) et la corneille furieuse. Visage plus sombre dont le cri perçant fait frémir, Badb est associée à toute une catégorie d’Esprits effrayants et combattants, et peut de fait se présenter sous des traits qui rappellent la « Reine Cauchemar » (une des étymologies de Morrigan).

Les autres visages de la Morrigan

Anu (aussi Anand, puis Annan) est une figure souveraine et fertile liée à la terre. Très mystérieuse puisque peu présente dans les mythes, et son identité se mélangeant notamment avec celles de Áine, Grian et Danu, Elle nous est surtout connue pour les deux collines du Munster qui portent son nom.

Nemain est une figure magique liée aux poisons et à l’espace sacré. Proche de sa cousine gauloise Nemetona par étymologie, Elle est celle qui concentre les énergies et sacralise l’espace jusqu’à l’excès parfois, d’où son association avec le poison. Elle peut, elle aussi, être liée aux esprits de la bataille.

Tous ces visages, toutes ces sœurs peuvent également connaître une certaine multiplicité. Ainsi, cheminer sur la voie de la Morrigan c’est être confronté.e à ses changements de forme, aux frontières floues et indescriptibles qui ne se figeront jamais pour le confort de l’esprit.

Ses animaux associés sont le cheval, la génisse, le loup, l’anguille et les corvidés.

Pour trouver les textes mythologiques justifient ces affirmations et pour approfondir, nous vous renvoyons à l’ouvrage de synthèse qui a permis de rédiger cette introduction : le livre Daimler The Morrigan, Meeting the Great Queens, traduit en français aux éditions Alliance Magique. C’est un petit livre de 80 pages, très synthétique, mais très dense, qui vous donnera toutes les informations de base. Il est rédigé de façon rigoureuse mais dans une langue accessible. Pour aller vraiment plus loin, c’est l’ouvrage de Morpheus Ravenna, The Book of the Great Queen, qui est recommandé. Il compile beaucoup plus de matériaux, et approfondit vraiment les interprétations. Pour sortir des livres et suivre plutôt une formation vivante, Lora O’Brien propose des formations de plusieurs types (gratuites, payantes, intensives) sur la Irish Pagan School. Notez que Lora O’Brien est irlandaise, et que vous soutiendrez un courant natif.

—- Synthèse co-écrite par Phronesis et Valiel (2020).


Déconstruire des clichés : Morrigan et l’Autre Monde, pas le Monde d’en Bas

Connaissez-vous l’origine du design de l’Antre ? Ceux qui suivent le blog depuis la première heure auront probablement fait le lien, mais ça n’est pas le cas de tout le monde, alors je reviens dessus pour éviter d’entretenir un mythe.

Lorsque j’ai créé le sanctuaire (l’Antre), je l’ai fait sur demande et inspiration de la déesse (Morrigan). À l’époque j’avais encore très très peu de connaissances théoriques sur le sujet, car je l’avais découverte il y a « peu ». J’étais dans une phase de ma spiritualité / religion où je souhaitais effectuer le chemin inverse de celui qui m’avait été appris. Plutôt que de lire tout ce que je pouvais sur une divinité et d’aller la chercher ensuite, je suis allée à la rencontre de la divinité. Comme je l’ai relaté dans le passé (lien de l’article), j’ai été guidée lors d’une méditation-visualisation de la période sombre, et je ne savais pas qui je trouverais au bout du chemin. Ce moment a été tellement clé pour moi, que lorsque j’ai créé le blog un an plus tard environ et que j’ai dû trouver une « iconographie », un thème, impossible pour moi de sortir de cette métaphore de la caverne. D’où le titre retenu, et le design sombre avec sa bannière à image de grotte. Parce que c’est là que j’ai rencontré la déesse, et que, par la suite, les premiers travaux que j’ai dû faire étaient des travaux sur l’Ombre (concept symbolique, psychologique, jungien).

Cependant, je crois qu’aujourd’hui, pour les nouveaux venus et les gens qui ne connaissent ni le blog, ni la déesse, il est temps de rappeler les fondamentaux mythologiques. Si j’ai associée la déesse à la grotte sombre, et s’il existe une grotte célèbre en Irlande (la Grottes aux chats) Morrigan n’est pas associée par les sources premières aux dessous de la Terre. Elle n’est pas une déesse dire « chtonienne », du monde d’en bas et des morts. L’autre monde chez les celtes (irlandais) n’a rien à voir avec une absence de lumière et les entrailles de la terre. Nous n’avons ni similarités avec la mythologie chrétienne, ni le mythologie grecque.

Lora O’Brien a partagé une vidéo rapide à ce sujet récemment. Je me permets d’en synthétiser les d’éléments majeurs pour les non anglophones ici sous la vidéo.

Points essentiels :

  • Dans la mythologie irlandaise, il n’y a pas de « monde d’en bas » (Underworld) qui soit le royaume des morts ; les morts vont notamment sur une île plus ou moins ou sud ouest d’Irlande (quelques autres endroits sont mentionnés dans les textes) ;
  • « l’Autre Monde » (Otherworld) n’est pas « le monde d’en bas » (Underworld) ;
  • L’Autre Monde était un élément essentiel de la religion / spiritualité de nos Ancêtres, toute chose religieuse / spirituelle était issue de ou concernait l’Autre Monde ; c’était un monde parallèle, tout juste contre le nôtre ;
  • Difficile de faire des généralités sur l’Autre Monde, car c’est très vaste, il y a plein de subtilités et variations (de la même façon que la « Terre » est vaste et variée, avec des tas d’être vivants différents etc) ;
  • La Morrigan est associée à l’Autre Monde (Otherworld) comme tous les Tuatha De Danann et au « Sidh Mound » (les monts du Sidh, les collines de fées, les tumulus, etc) ;
  • La Morrigan n’a pas d’association à la mort en tant que telle ;
  • Il y a une association très lointaine de Morrigan avec la banshee, mais c’est une conception tardive dans le folklore autour de cet être ; « banshee » veut juste dire « femme fée », « femme du Sidh » ; par la suite, la banshee a pu être un esprit ancestral de certains clans irlandais importants, elle apparaissait avant une bataille, lavant les vêtements de ceux qui mourraient le lendemain au champ de bataille ; ceci est associé au personnage du « washer at the ford » (lavandière du gué), mais qui n’est pas la Morrigan en soi, c’est un « type » d’être de l’Autre Monde ;
  • Ces associations auraient probablement dû être faites plutôt à propos de Badbh qui est liée au champ de bataille et au fait de collecter les morts plutôt que Morrigan ;
  • Morrigan n’est pas Hel(a), la reine de l’Autre Monde, la reine des Morts, etc ;
  • Pour en revenir au « Sidh Mound », n’oubliez pas qu’elle a son propre Tumulus, « Oweynagat », la grotte aux chats ; c’est une des entrées majeures vers l’Autre Monde ;
  • Lora a travaillé des années en tant que manager de cet endroit, et de façon personnelle (spirituelle) ; dans son expérience et sa compréhension du lieu, Maeve était la responsable de toutes les affaires de « notre » côté / monde, les domaines communautaires et ancestraux, tandis que la Morrigan était responsable des affaires de l’Autre Monde ; Maeve représentait le souverain de notre Monde, tandis que Morrigan représentait le souverain de l’Autre Monde ; attention, le « souverain » n’est pas à prendre dans notre sens contemporain de roi / reine, Lora n’est pas sûr qu’il y ait un grand souverain générique pour l’ensemble de l’Autre Monde ; c’est plus dans le sens de responsabilité et de gardiennage ;

Traduction réalisée par mes soins (Valiel), et avec l’autorisation de Lora O’Brien pour l’Antre.


Morrigan et la guerre, littéralement

Un bon article de rappel sur Morrigan en tant que Déesse de la guerre. (Source: Patheos, Morgan Daimler)

Cela ne nous plaît pas toujours aujourd’hui de la voir dans cet aspect « sanglant », mais cela n’est pas une raison pour le nier et « déformer » la signification de la Déesse. L’auteur rappelle d’abord les sources antiques que nous avons (ex: Strabo) qui explique que les Celtes étaient des guerriers accomplis qui « aimaient » la guerre, que Morrigan est connue pour inciter / encourager les guerriers au combat (ex: dans le  Cath Maige Tuired, elle encourage notamment Lugh ; mais aussi dans le Tain), et pour terroriser les ennemis. Dans « son » « aspect » Badb, elle incarne littéralement le carnage (Cath Maige Tuired Cunga), le sang, la charogne qui vient grignoter les cadavres.

Puis, il explique que certains caractéristiques peuvent rattacher Morrigan à la paix, mais pas celle que l’on pense au premier abord (pas le pacifisme). Premièrement, c’est plutôt dans son aspect prophétique, quand elle est représentée comme celle qui peut dire quel camp va gagner. Deuxièmement, la paix entre en compte quand on la définit comme « liberté » : être libre de la peur, de la violence, de l’oppression. Or justement, la « paix » paradoxalement demande parfois qu’on se batte. A priori, quand Morrigan défend un camp, incite à la guerre, il s’agit de libérer un peuple de l’oppression, de regagner cette « paix »-là. La paix n’est pas gratuite, elle demande un coût.

L’auteur conclut en expliquant que selon lui nous affaiblissons les Dieux si nous les modelons selon nos désirs (pour les adoucir ou autre).